Ceuta et Melilla reviennent au cœur d’une nouvelle passe d’armes diplomatique entre Rabat et Madrid, à quelques heures d’une visite royale que le Maroc juge d’ores et déjà provocatrice. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a de nouveau qualifié les deux villes occupées de « très espagnoles », lors d’un échange par visioconférence avec des militaires stationnés sur place, à l’occasion de la fête nationale espagnole.
Selon des propos relayés ce lundi, Mme Robles a affirmé que Ceuta et Melilla incarnaient « la meilleure image de l’Espagne », une déclaration qui tombe à un moment particulièrement sensible. Le roi Felipe VI et la reine Letizia doivent en effet se rendre à Ceuta ce mardi 13 octobre, avant de poursuivre vers Melilla le lendemain — un déplacement présenté par la presse espagnole comme le premier du genre effectué par un monarque espagnol dans ces deux enclaves depuis l’avènement de la démocratie.
D’après le programme communiqué par la Zarzuela, le souverain est attendu à Ceuta vers 12h30, où il doit recevoir les clés d’or de la ville et s’entretenir avec les autorités locales. Son déplacement prévoit également la visite d’une école ainsi que du cimetière musulman de Sidi Embarek, où il doit rendre hommage aux victimes des tentatives massives de franchissement survenues fin juillet. Felipe VI doit par ailleurs rencontrer environ 300 membres de la communauté locale avant de passer la nuit sur place.
Pour Rabat, qui n’a jamais renoncé à sa souveraineté sur ces deux villes du nord, ce énième rappel de leur appartenance espagnole, prononcé à la veille d’une visite royale hautement symbolique, s’apparente à une provocation calculée. Le Maroc continue de considérer Ceuta et Melilla comme des territoires occupés et réclame depuis des décennies la fin de la présence espagnole sur ces enclaves, qu’il englobe dans son combat plus large pour l’intégrité territoriale.
Cette nouvelle poussée de tension s’inscrit dans un contexte bilatéral déjà fragile, marqué ces derniers mois par plusieurs épisodes de friction autour des deux présides. Alors que Madrid multiplie les gestes symboliques pour asseoir sa souveraineté, Rabat mise sur la constance de sa position diplomatique, convaincu que l’histoire et la géographie finiront par trancher en sa faveur.
