La Syrie n’est plus considérée par Washington comme un État soutenant le terrorisme. Lundi, les autorités américaines ont officiellement retiré Damas de cette liste noire, un classement qui pesait sur le pays depuis quarante-sept ans. La décision, saluée comme « historique » par le président syrien Ahmed al-Chareh et plusieurs ministères et institutions du pays, ouvre la voie à une reconnexion progressive de la Syrie avec le système financier et commercial mondial.
Pour les universitaires et chercheurs syriens interrogés à ce sujet, l’impact sur la reconstruction et la relance économique pourrait être considérable. Mohammed Alaa Ghanem, ancien responsable des affaires politiques au Conseil syro-américain à Washington, estime que Damas devient désormais éligible à une aide humanitaire et non humanitaire américaine, sans qu’aucune licence spéciale ne soit plus nécessaire. Des milliers de produits américains, jusque-là interdits à l’exportation vers la Syrie, pourraient également retrouver le chemin du marché syrien, technologies et logiciels compris.
Le secteur bancaire, longtemps isolé par crainte des sanctions secondaires, devrait aussi en profiter. Les banques syriennes pourront ouvrir des comptes auprès d’établissements internationaux et effectuer des transferts directs en devises étrangères, un changement qui nécessitera néanmoins du temps pour rétablir la confiance des partenaires étrangers. La Banque mondiale a d’ailleurs approuvé, ce mois-ci, une subvention de 100 millions de dollars destinée à moderniser le secteur financier syrien, mettant fin à quatorze années d’interruption de son soutien.
Le président de l’Autorité générale de l’aviation civile, Omar al-Hosri, a de son côté évoqué un tournant stratégique pour le transport aérien syrien, avec la perspective de nouvelles liaisons, d’investissements et de partenariats avec des compagnies et des assureurs internationaux. Le ministre de l’Éducation, Marwan al-Halabi, a quant à lui souligné les opportunités qui s’ouvrent pour les universités et les chercheurs syriens.
Plusieurs économistes tempèrent toutefois l’enthousiasme ambiant : selon eux, la levée de cette désignation ouvre une porte, mais ne garantit rien. Ils appellent à des réformes structurelles profondes, notamment en matière de gouvernance financière, de lutte contre le blanchiment d’argent et de recapitalisation des banques publiques, pour transformer cette opportunité diplomatique en véritable relance économique. Donald Trump avait personnellement informé Ahmed al-Chareh de cette décision lors d’un entretien en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, en juillet dernier.
