Le roi d’Espagne Felipe VI a profité d’un dîner d’État organisé mardi soir au palais royal de Madrid en l’honneur du président français Emmanuel Macron pour remettre sur la table le dossier sensible de Sebta. Devant son homologue français, le monarque espagnol a qualifié les flux migratoires observés fin juillet autour de la ville de « violation des frontières espagnoles, qui sont aussi des frontières européennes », évoquant un défi sécuritaire et humanitaire que Madrid ne pourrait, selon lui, affronter seule en tant que « première ligne de défense de l’Europe ».
Cette sortie royale a immédiatement trouvé un écho favorable du côté français. Lors d’une conférence de presse conjointe avec le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, Emmanuel Macron a qualifié les événements d’« attaque extérieure et multidimensionnelle », promettant la « solidarité absolue » de Paris à Madrid pour la protection des frontières communes de l’Union européenne et l’application ferme du pacte européen sur la migration et l’asile.
Mais cette insistance espagnole à convoquer la « dimension européenne » à chaque rencontre bilatérale, jusque dans un dîner protocolaire consacré aux relations franco-espagnoles, soulève des questions politiques de fond. Pour le Maroc, Sebta et Melilla demeurent deux villes occupées sur le territoire national, et aucune invocation de « frontières européennes » ne saurait modifier leur statut juridique et historique, fixé de longue date par la position constante de Rabat sur l’intégrité territoriale du Royaume.
Le procédé espagnol apparaît d’autant plus contradictoire que le gouvernement de Pedro Sánchez reconnaît lui-même, à intervalles réguliers, l’apport déterminant de la coopération sécuritaire marocaine dans la gestion des crises migratoires et le rapatriement de plusieurs milliers de personnes. Madrid sollicite donc, d’un côté, un partenariat renforcé avec Rabat pour assurer la stabilité régionale, tandis que ses institutions déploient, de l’autre, un discours diplomatique et médiatique invoquant la protection européenne pour masquer des défaillances internes dans la gestion de sa politique migratoire.
Une gestion sereine des frontières suppose le respect des principes d’un partenariat équilibré, et non des mises en scène diplomatiques autour de dîners d’apparat ou des appels réitérés aux capitales européennes. Le Maroc, qui assume une part substantielle des coûts sécuritaires et sociaux liés au démantèlement des réseaux de trafic d’êtres humains et à la sécurisation des frontières, n’a de leçon à recevoir de personne sur ce dossier. Ses positions de principe sur les questions territoriales et de souveraineté demeurent inchangées, imperméables aux manœuvres diplomatiques et aux tentatives de pression.
