Marche Verte : l’épopée marocaine qui a scellé l’unité territoriale

Chaque 6 novembre, le Maroc revit un moment fondateur de son histoire contemporaine. La Marche Verte, lancée en 1975 sous le règne du roi Hassan II, reste gravée dans la mémoire collective comme l’illustration d’un lien indéfectible entre le Trône et le peuple, au service d’une cause nationale : l’achèvement de l’intégrité territoriale.

Tout commence en 1884, lorsque l’Espagne étend son emprise coloniale sur une partie du Sahara. Ce territoire deviendra, durant la seconde moitié du XXe siècle, l’un des foyers de tension de la décolonisation africaine. Rabat fonde sa revendication sur les liens historiques d’allégeance unissant les tribus sahraouies aux sultans alaouites, portant le dossier devant les instances internationales.

En 1974, Madrid annonce un référendum sur l’avenir du territoire. Le Maroc saisit alors la Cour internationale de Justice, qui rend son avis consultatif le 16 octobre 1975. Les juges de La Haye reconnaissent l’existence de liens d’allégeance entre le sultan marocain et certaines tribus sahraouies, sans toutefois conclure à des liens de souveraineté territoriale.

C’est dans ce contexte que le roi Hassan II annonce, le jour même de cet avis, l’organisation d’une marche pacifique vers le Sahara. L’appel est lancé à l’ensemble des régions du royaume. Le 6 novembre 1975, environ 350 000 volontaires, hommes, femmes, enfants et personnes âgées, s’ébranlent vers les provinces du Sud, brandissant drapeaux nationaux et exemplaires du Coran, symboles mêlés d’identité nationale et de référence spirituelle.

Huit jours plus tard, le 14 novembre 1975, l’Accord tripartite de Madrid est signé entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie. Il organise le retrait espagnol et confie une administration transitoire du territoire aux deux pays voisins. Le dossier, lui, continuera son parcours devant les instances onusiennes, avec des répercussions régionales et internationales qui se prolongent jusqu’à aujourd’hui.

Plus de cinquante ans après, la Marche Verte demeure un symbole de mobilisation pacifique et de cohésion nationale. Elle inspire aussi la politique de développement menée dans les provinces du Sud, où infrastructures, écoles et hôpitaux ont transformé le visage de régions longtemps marquées par l’isolement. Le roi Hassan II avait promis aux marcheurs qu’ils franchiraient la frontière et toucheraient le sable de leur terre : cette promesse, tenue, continue de nourrir un récit national où la diplomatie et la mobilisation populaire avancent de concert.

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