À quelques mois des élections législatives, la bataille des promesses électorales sur le logement vient de trouver son premier contradicteur de poids. Amhamed El Hilali, ancien directeur des affaires juridiques au ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, a douché l’enthousiasme suscité par l’annonce de Mohamed Ouzine, secrétaire général du Mouvement populaire, qui promet de faire de la location-accession un programme national si son parti l’emporte aux urnes.
Dans une publication sur son compte Facebook personnel, le responsable a qualifié l’initiative de « projet ancien et dépassé », rappelant que le cadre juridique existe depuis plus de vingt-trois ans sans avoir produit le moindre effet concret. La loi 51.00 relative au bail conduisant à la propriété immobilière, promulguée par le dahir du 11 novembre 2003, est en effet restée lettre morte, les promoteurs immobiliers ayant toujours refusé de l’appliquer.
Selon El Hilali, ce blocage n’a rien d’un accident de parcours. Il pointe du doigt un « lobby de l’immobilier » qui viderait de leur substance toutes les politiques de logement à vocation sociale ou solidaire, préférant les programmes subventionnés par les fonds publics, comme le fameux logement à 250 000 dirhams, plus rentables pour les promoteurs. L’ancien responsable évoque également l’échec de l’État à créer une institution dédiée à la production de logements locatifs ou en location-accession, en dehors du circuit des spéculateurs.
Il rappelle que malgré les ambitions affichées à l’époque du ministre Ambarki, puis les tentatives de réforme menées sous Taoufiq Hjira et Nabil Benabdallah, un projet visant à remettre près d’un million de logements vacants sur le marché — à la location, à la vente ou en location-accession progressive — s’est heurté au refus des promoteurs de voir leurs marges réduites. Il cite l’exemple de Diar Al Madina, société disposant pourtant d’une longue expérience dans la gestion d’actifs immobiliers et l’habitat économique et social, qui n’a jamais été érigée en bras armé de l’État dans ce domaine.
De son côté, Mohamed Ouzine avait présenté cette initiative lors d’une rencontre de communication tenue à Marrakech, la décrivant comme une alternative structurelle aux politiques actuelles. L’objectif affiché : permettre aux citoyens de s’installer durablement dans un logement moyennant des mensualités adaptées à leurs revenus, une partie de ces versements étant progressivement comptabilisée jusqu’à l’accession complète à la propriété. Le programme viserait en priorité les jeunes, les fonctionnaires et les familles à revenus modestes ou moyens, confrontés à la flambée des loyers dans les grandes villes du Royaume.
