À Alger, la diplomatie semble parfois se résumer à une seule boussole : le Maroc. Depuis la fermeture de la frontière terrestre en 2021 et la rupture des relations diplomatiques, le dossier marocain occupe une place disproportionnée dans la politique étrangère algérienne, au regard des résultats obtenus sur le terrain.
Pendant que Rabat multiplie les chantiers structurants — extension des ports atlantiques, programme de dessalement d’eau de mer, essor des énergies renouvelables, industrie automobile et aéronautique, diplomatie africaine active —, une partie de l’appareil diplomatique algérien semble mobilisée en priorité pour contrer chaque initiative marocaine plutôt que pour construire un projet national autonome.
Paradoxe souvent relevé par les observateurs : l’Algérie dispose d’importantes réserves d’hydrocarbures, mais son économie reste largement dépendante de cette rente, sans diversification suffisante. La question posée par plusieurs analystes n’est donc pas celle des ressources elles-mêmes, mais de leur gestion et des priorités qui leur sont assignées.
Le dossier du Sahara marocain illustre cette dynamique. Alger continue de peser sur les forums africains et internationaux pour freiner la dynamique diplomatique marocaine, tout en s’opposant aux projets régionaux portés par Rabat, notamment l’initiative atlantique destinée à offrir aux pays du Sahel un accès à l’océan.
Le dossier a connu une nouvelle étape le 30 octobre 2026, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a examiné l’avenir de la Minurso. Un projet de résolution américain, soutenu par onze des quinze membres du Conseil dont la France et le Royaume-Uni, a été bloqué par un veto russe. Un contre-projet déposé par Moscou n’a, de son côté, pas réuni les voix nécessaires. Le statu quo qui prévalait jusque-là n’est plus garanti.
Cette implication active dans un dossier qu’elle présente comme relevant de l’autodétermination contraste avec le principe de non-ingérence qu’Alger invoque par ailleurs dans les affaires d’autres États, une contradiction régulièrement soulignée à Rabat.
Pour de nombreux commentateurs marocains, l’enjeu dépasse la rivalité diplomatique : il s’agit de savoir si les ressources et l’attention politique algériennes resteront durablement otages d’un contentieux avec un voisin, alors que la population attend des réponses sur l’emploi, le pouvoir d’achat et le développement. Le Maroc, de son côté, affirme poursuivre ses projets sans se laisser distraire par cette rivalité entretenue à ses portes.
