Six mois après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, Donald Trump semble avoir déserté le dossier qui domine pourtant l’actualité internationale. Lors d’une visite improvisée de la Maison-Blanche consacrée à des travaux de rénovation, le président américain a consacré la majeure partie de son intervention aux hélisurfaces et au dallage de granit, ne mentionnant l’Iran qu’à trois reprises en trente-six minutes. Interrogé sur l’évolution du conflit, il s’est contenté d’une formule laconique : « la situation est très bonne maintenant ».
Cette désinvolture tranche avec la réalité du terrain. Le Pentagone recense au moins dix-huit soldats américains tués et plus de sept cent cinquante blessés, tandis que les pertes humaines en Iran et au Liban se comptent par milliers. Le conflit, présenté au départ comme une opération éclair comparable à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro en janvier, s’est enlisé après le rejet par Téhéran d’un cessez-le-feu pourtant annoncé en grande pompe par Washington en avril.
Faute de victoire militaire décisive, l’administration américaine a réorienté sa stratégie vers les sanctions économiques, tout en modifiant ses objectifs déclarés : de la volonté initiale de changement de régime, elle est passée à la simple prévention d’un armement nucléaire iranien. Téhéran conserve pourtant un atout maître, le contrôle du détroit d’Ormuz, verrou stratégique que Washington a lui-même contribué à activer en déclenchant les hostilités.
Sur le plan intérieur, la lassitude présidentielle a un coût politique. Un sondage Reuters-Ipsos de la mi-août place la cote de popularité de Trump à trente-trois pour cent, son plus bas niveau depuis son retour au pouvoir. Le prix de l’essence, passé au-dessus de quatre dollars le gallon contre une moyenne de trois dollars quatorze avant la guerre, nourrit la colère d’un électorat rural traditionnellement acquis à la cause républicaine. Des analystes évoquent désormais un risque réel de perte de la majorité à la Chambre des représentants, voire au Sénat, lors des élections de mi-mandat de novembre, un scénario qui ouvrirait la voie à une troisième tentative de destitution.
À quatre-vingts ans, le président américain semble osciller entre fatigue et déni, sans toutefois renoncer à l’idée de laisser une empreinte durable de sa présidence. Reste à savoir si cette quête d’héritage saura compenser, aux yeux des électeurs, six mois d’une guerre dont l’issue demeure incertaine.
