Le silence qui entourait depuis des années les camps de Tindouf vient de se fissurer. Khadijatou Mahmoud, une jeune femme originaire de ces camps contrôlés par le Front Polisario, a choisi de porter son témoignage devant des instances européennes. Elle y accuse Brahim Ghali, chef de cette organisation séparatiste, de l’avoir séquestrée et violée alors qu’elle n’avait que 18 ans.
Son récit, recueilli par plusieurs organisations de défense des droits humains, relance un débat que les dirigeants du Polisario ont longtemps tenté d’étouffer : celui des violences sexuelles et des abus qui toucheraient les femmes et les jeunes filles à l’intérieur des camps, loin de tout regard institutionnel indépendant. Pour parvenir à faire entendre sa voix, Khadijatou Mahmoud a dû sortir du cercle fermé des camps et chercher, à l’étranger, des oreilles disposées à l’écouter.
Ce témoignage ne constitue pas un cas isolé. Le nom de Brahim Ghali avait déjà été associé, par le passé, à des plaintes déposées devant la justice espagnole, portant notamment sur des accusations de torture et de détention arbitraire. Plusieurs rapports d’organisations humanitaires et de médias avaient par ailleurs exprimé des inquiétudes sur le sort réservé aux enfants et aux femmes dans ces camps du sud-ouest algérien, évoquant recrutement forcé et exploitation.
L’affaire met en lumière un contraste frappant. D’un côté, les discours convenus sur la liberté et la dignité, régulièrement mis en avant par les soutiens du Polisario et par certains relais algériens. De l’autre, des accusations graves qui, si elles se confirment, révéleraient une réalité bien éloignée de ces slogans. Les droits des femmes, rappellent plusieurs défenseurs des droits humains, ne devraient jamais dépendre des alliances politiques du moment.
Pour les proches des victimes présumées, l’urgence n’est plus de multiplier les déclarations de principe, mais d’ouvrir de véritables enquêtes indépendantes. Cela suppose un accès réel des observateurs extérieurs aux camps de Tindouf, une garantie de protection pour les témoins, et la perspective, enfin, d’une reddition de comptes pour les responsables identifiés.
Le cas de Khadijatou Mahmoud rappelle une évidence trop souvent oubliée dans les tribunes internationales : on ne peut défendre les droits humains d’un côté du dossier saharien en fermant les yeux, de l’autre, sur les violences qui frappent des femmes sans voix.
