Maroc : l’UE refuse de trancher dans la crise navale de Sebta

Bruxelles ménage Rabat dans le dossier des navires de guerre à Sebta. Interrogée sur l’épisode naval qui agite Madrid depuis cet été, la Commission européenne a choisi la prudence plutôt que la condamnation. Selon une porte-parole citée par l’agence espagnole EFE, l’entrée de navires de guerre marocains dans les eaux de Sebta, les 30 et 31 juillet derniers, relève d’un différend que seuls Rabat et Madrid sont habilités à clarifier entre eux.

L’incident s’était produit en pleine tentative de franchissement massif de la frontière par des migrants, un épisode qui avait ravivé, en Espagne, un débat récurrent sur la souveraineté de l’enclave. Plutôt que de s’ériger en arbitre, l’exécutif européen a préféré saluer la coopération étroite entre les deux capitales dans la gestion de la crise migratoire à Sebta, qualifiant le Maroc de partenaire stratégique sur ce dossier sensible.

La Commission a notamment rappelé l’engagement du Royaume à reprendre l’ensemble des personnes arrivées lors de cette tentative de franchissement, un geste présenté à Bruxelles comme la preuve d’une coopération migratoire qui fonctionne, malgré les soubresauts diplomatiques réguliers autour des deux présides. Ce satisfecit tranche avec le climat tendu qui prévaut côté espagnol, où la visite récente du roi Felipe VI à Sebta et Melilla a relancé les critiques marocaines sur le statut de ces territoires.

Plus significatif encore, l’institution européenne a confirmé travailler à faire évoluer sa relation avec le Royaume vers un partenariat stratégique global, une formule qui dépasserait le strict cadre migratoire pour englober les volets économique, sécuritaire et énergétique. Ce choix des mots n’est pas anodin : en évitant de qualifier l’entrée des navires marocains d’incident de souveraineté, Bruxelles s’efforce clairement d’empêcher qu’un dossier bilatéral hispano-marocain ne vienne contaminer ses propres relations avec Rabat.

Pour les observateurs du dossier migratoire méditerranéen, cette prise de position confirme une tendance de fond : l’Union européenne considère de plus en plus le Maroc comme un verrou indispensable face aux flux migratoires irréguliers vers l’Espagne, et se montre par conséquent réticente à fragiliser ce partenariat pour des différends que Madrid et Rabat gèrent habituellement par la voie bilatérale. Le dossier des navires de guerre, resté sans suite officielle depuis juillet, illustre ainsi la marge de manœuvre dont bénéficie le Royaume dans ses relations avec Bruxelles, même lorsque certains épisodes suscitent une vive émotion côté espagnol.

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