Maroc-Espagne : Sánchez révèle des tensions navales à Sebta, vite désamorcées

Il a fallu une réception informelle au Palais royal d’Espagne, organisée à l’occasion de la fête nationale, pour que le chef du gouvernement espagnol lève un coin du voile sur un épisode diplomatique longtemps resté dans l’ombre. Devant quelques journalistes, loin des micros officiels, Pedro Sánchez a reconnu l’existence de tensions navales entre le Maroc et l’Espagne au large de Sebta, survenues en pleine crise migratoire de l’été dernier.

Le chef de l’exécutif espagnol a évoqué des « jours difficiles », sans minimiser la gravité du moment. Selon ses propos, des bâtiments de guerre marocains et espagnols se seraient brièvement trouvés en position de friction au large de l’enclave, à un moment où la pression migratoire atteignait un pic rarement observé : environ 80 000 personnes auraient tenté de franchir la frontière les 30 et 31 juillet, un afflux massif qui aurait coûté la vie à 140 personnes selon les chiffres cités.

C’est la voie militaire, et non diplomatique, qui aurait permis de désamorcer la situation. Des contacts directs entre responsables des marines marocaine et espagnole auraient suffi à éviter toute escalade, et aucun incident comparable ne se serait reproduit depuis. Un dénouement discret, qui tranche avec la tonalité souvent tendue des relations bilatérales sur le dossier migratoire.

Fait révélateur : Pedro Sánchez avait soigneusement évité d’évoquer cet épisode lors de son audition devant le Congrès des députés en septembre, préférant apparemment garder ces détails pour un cadre plus informel. Ce choix illustre la prudence avec laquelle Madrid gère la communication autour de sa relation avec Rabat, un partenaire jugé indispensable sur plusieurs fronts sensibles.

Le chef du gouvernement espagnol a d’ailleurs insisté sur ce point : la coopération avec le Maroc reste, selon lui, un pilier de la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. Une manière à peine voilée de répondre aux voix critiques au sein de l’opposition. Le Parti populaire avait en effet appelé à la suspension de l’accord agricole et de pêche entre l’Union européenne et le Royaume, une proposition que Sánchez a fermement écartée, la jugeant contraire aux intérêts stratégiques de l’Espagne.

Au-delà de l’anecdote, cet épisode confirme une réalité que les diplomates des deux rives connaissent bien : la gestion des flux migratoires autour de Sebta et Mellilia reste un terrain sensible, où la coordination sécuritaire entre Rabat et Madrid prime souvent sur les postures politiques. Et où, visiblement, le dialogue entre marins a parfois plus de poids que celui entre ministres.

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