Rabat a vécu mardi une séance d’ouverture mouvementée à la Chambre des représentants. Convoqués pour élire le nouveau président de la première Chambre au titre de la législature 2026-2031, les députés ont assisté à un coup de théâtre : le groupe de l’Alliance de la gauche a quitté l’hémicycle en plein scrutin, dénonçant la manière dont les résultats avaient été comptabilisés.
Le vote, lui, a donné une large victoire à Ahmed Touizi, candidat du Parti authenticité et modernité, crédité de 220 voix. Son adversaire du Parti de la justice et du développement, Idriss Azmi El Idrissi, n’en a recueilli que 59. Sur 369 bulletins déposés, 279 ont été jugés valables et 90 ont été annulés, un nombre de bulletins nuls suffisamment élevé pour nourrir les interrogations de plusieurs groupes parlementaires sur le déroulement du scrutin.
C’est précisément sur ce terrain que l’Alliance de la gauche a choisi de faire entendre sa voix. Par la bouche du député Omar Mahmoud Benjelloun, le groupe a affirmé que sa position d’abstention n’avait pas été prise en compte dans l’annonce des résultats, les catégories retenues ne distinguant pas les abstentions des autres votes. Les élus de gauche ont alors demandé un rappel au règlement pour clarifier la gestion de la séance, présidée par le doyen d’âge Abdelaziz Aboa conformément au règlement intérieur de la Chambre. Faute d’obtenir satisfaction, ils ont quitté la salle, laissant le reste de l’assemblée poursuivre les opérations.
Au-delà de l’incident, l’épisode relance un débat récurrent au Parlement marocain sur la transparence des procédures de vote lors des séances d’ouverture, particulièrement scrutées en début de législature. Ahmed Touizi, désormais à la tête de la Chambre des représentants, hérite ainsi d’un mandat entamé sous le signe de la contestation procédurale, même si sa légitimité électorale n’a pas été remise en cause sur le fond.
Le nouveau président devra composer avec cette tension dès les premiers travaux de la législature, alors que la Chambre doit encore finaliser la répartition des postes de vice-présidents et des présidences de commissions. Plusieurs groupes, dont celui de l’Alliance de la gauche, ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils resteraient vigilants quant au respect des équilibres politiques issus des élections de septembre 2026.
Cette séance d’ouverture illustre, une fois encore, la vivacité des rapports de force au sein de la nouvelle majorité parlementaire, où la bataille des postes se double désormais d’une bataille des procédures.
