Une vague migratoire d’une ampleur inédite a frappé l’enclave espagnole de Ceuta jeudi et vendredi, faisant au moins 57 morts selon un bilan communiqué par les autorités espagnoles vendredi soir, un chiffre susceptible de s’alourdir alors que les recherches se poursuivent le long du littoral.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, environ 60 000 personnes ont tenté de franchir la frontière séparant le nord du Maroc de Ceuta en l’espace de quelques jours, par voie maritime et terrestre, soit plus de la moitié de la population de l’enclave, qui compte environ 100 000 habitants. Nombre de victimes se sont noyées en tentant la traversée à la nage, tandis que d’autres sont mortes dans un mouvement de foule près de la digue de la plage de Tarajal.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui s’est rendu sur place vendredi, a qualifié la situation de « violation » de la souveraineté espagnole et a annoncé le déploiement de renforts militaires et policiers pour « défendre Ceuta comme si c’était Madrid ». Il a assuré que les retours vers le Maroc seraient organisés « le plus rapidement possible » et évoqué d’éventuelles adaptations légales pour accélérer les rapatriements.
D’après M. Sánchez, les échanges avec les autorités marocaines indiquent que des réseaux de passeurs auraient exploité de façon opportuniste une décision récente de la Cour suprême espagnole interdisant le renvoi immédiat, sans procédure, des migrants arrivés par la mer. Des associations de défense des droits des migrants ont toutefois mis en doute le fait que les personnes ayant tenté la traversée aient eu connaissance de cette jurisprudence.
Côté marocain, les forces de sécurité ont été déployées en nombre aux abords de la frontière, recourant notamment à des canons à eau pour disperser les groupes rassemblés près des grilles. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a explicitement exonéré Rabat de toute responsabilité dans cette crise, saluant un « partenaire fiable » en coordination constante avec Madrid, et a désigné les réseaux mafieux de trafic d’êtres humains comme les véritables organisateurs de cette vague.
Le bilan humain reste lourd des deux côtés de la frontière. Des dizaines de corps ont été réceptionnés à l’institut médico-légal de Tétouan, parmi lesquels des ressortissants marocains originaires de plusieurs villes du Royaume ainsi que des ressortissants d’autres nationalités africaines. Le parquet marocain a ordonné des autopsies systématiques avant toute restitution des dépouilles aux familles.
La crise a également suscité des réactions au niveau européen. La France a renforcé les contrôles à sa frontière avec l’Espagne, l’Italie a évoqué une possible suspension de l’accord de Schengen à l’égard de Madrid, et la présidente de la Commission européenne a qualifié ces franchissements massifs d’« inacceptables ». Le Roi d’Espagne Felipe VI a pour sa part exprimé sa colère face à l’ampleur de la tragédie.
Cette nouvelle crise relance le débat récurrent sur la gestion des flux migratoires dans cette région frontalière, régulièrement le théâtre de tentatives de franchissement massif, et souligne l’urgence d’une coopération renforcée entre Rabat, Madrid et Bruxelles pour démanteler les filières de passeurs à l’origine de ces drames humains.
