Le débat sur la semaine scolaire de cinq jours resurgit avec force au Maroc, porté par une mobilisation renouvelée des enseignants, des cadres pédagogiques et des familles qui réclament l’instauration du samedi comme jour de repos hebdomadaire dans l’ensemble des établissements publics, au même titre que le dimanche. Loin de se limiter à une revendication corporatiste, la question interroge directement la pédagogie : les rythmes scolaires actuels répondent-ils réellement aux besoins psychologiques et biologiques des élèves, et favorisent-ils une véritable qualité des apprentissages en classe ?
Les spécialistes des sciences de l’éducation s’appuient sur un constat solidement établi : l’efficacité de l’apprentissage ne se mesure pas au nombre d’heures accumulées ni au nombre de jours passés entre les murs de la classe, mais à la capacité de concentration, d’attention et d’assimilation active de l’élève. Du primaire au collège en particulier, l’énergie mentale des enfants s’épuise progressivement au fil de la semaine. Un week-end complet, non fragmenté, apparaît alors indispensable pour évacuer les tensions, retrouver un équilibre physique et nerveux, pratiquer des activités sportives ou culturelles, et renouer un temps familial que beaucoup jugent irremplaçable dans la construction de la personnalité de l’enfant.
Cette lecture est renforcée par les comparaisons internationales. Selon des données émanant d’organisations telles que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’immense majorité des systèmes éducatifs modernes dans le monde fonctionnent sur une semaine de cinq jours, avec deux journées consécutives de repos destinées à préserver l’équilibre des rythmes biologiques, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants. Un déséquilibre frappant persiste pourtant au sein même du système marocain : la plupart des établissements privés accordent déjà le samedi à leurs élèves, tandis qu’une large part de l’enseignement public continue de dispenser des cours ce jour-là, nourrissant un sentiment d’iniquité dans la gestion du temps scolaire.
Mais réduire cette revendication à une simple suppression du samedi serait une erreur de perspective, selon plusieurs voix du secteur. Il s’agit avant tout de repenser globalement l’organisation du temps scolaire. Supprimer le samedi sans ajuster les emplois du temps reviendrait à comprimer les enseignements sur cinq journées, au risque d’alourdir la charge quotidienne des élèves et de compliquer l’organisation des familles, notamment dans les établissements confrontés à la surcharge des classes, au système des groupes alternés, ou aux contraintes de transport et de restauration scolaires en milieu rural et périurbain.
La réforme du temps scolaire s’impose désormais comme une priorité dans la trajectoire d’amélioration de l’école publique marocaine. Les acteurs du secteur appellent à l’ouverture d’une large concertation associant experts, inspecteurs, enseignants et représentants des familles, afin d’élaborer des formules souples et expérimentales, adaptées à la réalité de chaque milieu scolaire, et fondées sur le temps réel d’apprentissage plutôt que sur le seul formalisme horaire. L’enjeu : faire de l’intérêt supérieur de l’élève, et du bien-être professionnel des enseignants, la véritable boussole de toute réforme à venir.
