Sebta, la ville marocaine occupée par l’Espagne depuis des siècles, s’est retrouvée mardi au centre d’une vive controverse après la visite du roi Felipe VI, un déplacement présenté par Madrid comme un geste de continuité institutionnelle mais perçu à Rabat et dans l’opinion publique marocaine comme une provocation inutile.
Selon plusieurs commentateurs marocains, parmi lesquels des voix relayées ce mercredi par la presse nationale, cette visite royale, la première d’un souverain espagnol à Sebta en plus de vingt ans, intervient à un moment de tensions persistantes entre Rabat et Madrid sur le dossier des présides occupés. Des responsables politiques marocains ont qualifié ce déplacement de provocateur, rappelant que le Maroc n’a jamais renoncé à sa revendication de souveraineté sur Sebta et Mellilia.
Au-delà de la dimension diplomatique, l’événement a ravivé un débat plus profond sur l’identité des populations d’origine marocaine installées dans l’enclave. Des analystes marocains soulignent que ces habitants, souvent binationaux, demeurent culturellement et économiquement liés au Maroc voisin, dont ils tirent une partie de leur approvisionnement et de leurs soins de santé, tout en vivant sous administration espagnole.
Pour Rabat, la question de Sebta et Mellilia reste un contentieux territorial non résolu, au même titre que d’autres dossiers hérités de la période coloniale. Les autorités marocaines plaident de longue date pour un règlement par la voie diplomatique et institutionnelle, écartant toute escalade populaire incontrôlée.
La visite royale espagnole, loin d’apaiser les tensions, illustre la sensibilité persistante de ce dossier dans les relations bilatérales. Alors que Rabat et Madrid coopèrent étroitement sur l’immigration, le commerce et la sécurité, le statut des deux villes occupées demeure l’un des rares points de friction non résolus entre les deux royaumes voisins.
Plusieurs voix marocaines appellent désormais à une mobilisation diplomatique renouvelée, estimant que la dynamique créée par les récentes avancées marocaines sur le dossier du Sahara pourrait, selon elles, inspirer une approche similaire pour la question des présides occupés du nord du Royaume.
Pour l’heure, ni Rabat ni Madrid n’ont annoncé de nouvelle initiative officielle sur ce dossier, mais la controverse suscitée par cette visite confirme que la question des présides occupés demeure un point sensible dans l’agenda bilatéral des deux pays.
