Dans les couloirs feutrés de la Direction générale de la sûreté nationale, une nouvelle a circulé ce week-end avec une chaleur inhabituelle pour une institution plus coutumière des communiqués sécuritaires que des éloges littéraires. Boubker Lmliti, fonctionnaire de police affecté à la préfecture de sûreté de Mohammedia, vient de décrocher le prix Bland Al Haïdari des jeunes poètes, une distinction décernée en marge du Forum d’Assilah, haut lieu de la vie culturelle marocaine depuis plus de quarante ans.
L’agent partage ce premier prix avec le poète irakien Zine Eddine Al Mourchidi, dans une édition qui a salué deux voix venues d’horizons professionnels très différents mais réunies par la même exigence d’écriture. Pour Boubker Lmliti, l’aboutissement couronne un travail patient : l’homme a déjà publié deux recueils de poésie moderne, construits loin des projecteurs, entre deux services.
La sûreté nationale n’a pas tardé à se saisir de l’événement pour en faire une vitrine. Dans un message de félicitations largement relayé, la DGSN a salué les aptitudes créatives de ses agents, rappelant que la vie professionnelle d’un policier n’exclut en rien une sensibilité artistique affirmée. L’institution y voit la confirmation d’une politique engagée depuis plusieurs années : encourager, au sein de ses effectifs, l’excellence scolaire, sportive et artistique, et donner aux femmes et aux hommes qui la composent l’occasion de montrer un autre visage de leur engagement.
Chaque année, la DGSN organise ainsi des cérémonies dédiées à la reconnaissance du mérite, où sont honorés les enfants de la famille sécuritaire les plus brillants sur le plan scolaire, mais aussi les agents qui se distinguent dans le sport, les arts ou la littérature. Le cas de Boubker Lmliti illustre, à sa manière, cette volonté de sortir l’image du policier du strict cadre de l’uniforme.
Le Forum d’Assilah, qui accueille cette distinction depuis de nombreuses années, demeure l’un des rendez-vous les plus suivis du paysage culturel marocain, mêlant débats d’idées, résidences d’artistes et remises de prix littéraires. Qu’un représentant des forces de l’ordre y soit distingué pour son œuvre poétique n’est pas anodin : cela dit quelque chose d’une société marocaine où les vocations artistiques trouvent parfois leur terreau dans les lieux les plus inattendus, loin des cénacles littéraires traditionnels.
Reste à savoir si cette reconnaissance incitera Boubker Lmliti à publier un troisième recueil. Pour l’instant, l’homme savoure, dit-on dans son entourage professionnel, une distinction qui dépasse largement le cadre de sa carrière policière.
