Le Maroc s’apprête à confier une partie du contrôle de ses marchés publics à l’intelligence artificielle. Une initiative pilote associe la Cour des comptes, les cours régionales des comptes et la Banque mondiale autour d’un objectif commun : détecter plus vite, et plus largement, les irrégularités qui échappent encore aux méthodes classiques de vérification.
Le projet repose sur la mise au point d’un prototype capable de traiter et d’analyser de très grands volumes de données liées aux marchés publics. L’outil devra passer au crible l’ensemble des pièces d’un dossier, cahiers des charges, procès-verbaux d’ouverture des plis, rapports d’évaluation des offres, grilles de notation, pour en extraire des signaux de vigilance.
Concrètement, l’algorithme sera chargé de repérer les clauses susceptibles de fausser la concurrence ou de s’écarter des règles régissant la passation des marchés. Un travail qui, effectué manuellement, mobilise aujourd’hui un temps considérable pour des équipes d’audit contraintes de se limiter à des échantillons.
Selon le calendrier communiqué, les entreprises intéressées par le développement de cette solution ont jusqu’au 10 septembre pour déposer leurs offres. Le projet en est pour l’instant au stade de la conception et des premiers essais du prototype.
L’ambition affichée par les porteurs de l’initiative est de changer d’échelle. Au lieu de vérifier un nombre restreint de dossiers, les juridictions financières pourraient soumettre l’essentiel des marchés à un premier passage automatisé, avant de classer les dossiers selon leur niveau de risque. Les fichiers jugés les plus sensibles seraient ensuite orientés vers un examen humain approfondi.
L’analyse automatisée portera aussi sur le contenu des cahiers des charges eux-mêmes, afin d’identifier d’éventuelles clauses discriminatoires ou de nature à restreindre indûment la concurrence, ainsi que sur la cohérence entre les données numériques et les documents originaux.
Un point mérite d’être souligné, le système ne sera investi d’aucun pouvoir de décision. Il se limitera à générer des alertes documentées, charge ensuite aux magistrats de la Cour des comptes d’en vérifier le bien-fondé et de statuer. L’intelligence artificielle reste ainsi un outil d’aide à la décision, non un substitut au jugement humain.
Si l’expérience s’avère concluante, le Maroc entend généraliser cette technologie pour étendre le périmètre de son contrôle financier et accélérer le traitement des dossiers les plus volumineux, tout en réservant l’expertise humaine aux marchés qui présentent le plus de zones d’ombre. Une manière, pour les institutions de contrôle, de gagner en réactivité face à des procédures de plus en plus complexes.
