Les premières pluies de la nouvelle saison viennent à peine de réapparaître dans le nord du Maroc, et déjà la question revient avec insistance dans la région de Larache : les autorités ont-elles tiré les leçons des inondations qui ont frappé la province l’hiver dernier ? À Ksar El Kebir, où des quartiers entiers avaient été submergés en janvier et février, personne n’a oublié les images de familles évacuées en urgence, ni l’ampleur des dégâts subis par les habitations, les axes routiers et l’activité économique locale.
Selon des sources proches du dossier, des tests sont actuellement menés pour évaluer la capacité de réaction du barrage Oued Makhazine, pièce maîtresse du dispositif hydraulique du bassin du Loukkos. Ces essais portent notamment sur les opérations de lâchers d’eau, destinées à anticiper une éventuelle hausse brutale des apports hydriques si les précipitations annoncées se confirment dans les prochains jours. L’ouvrage joue un rôle déterminant dans la régulation du cours d’eau, et toute pluie abondante et prolongée fait immédiatement peser une pression supplémentaire sur sa retenue, tout comme sur les zones situées en aval.
Les chiffres communiqués ce mois d’octobre donnent une idée de la marge de manœuvre disponible : le taux de remplissage du barrage atteindrait environ 67 %, pour un volume stocké avoisinant 468 millions de mètres cubes. Des niveaux qui rappellent, par leur ampleur, ceux observés juste avant la crise de l’hiver passé, lorsque la montée des eaux du Loukkos avait contraint les autorités à des mesures exceptionnelles de gestion des ressources hydriques.
À l’époque, la province avait rehaussé son niveau d’alerte, mobilisant conjointement les autorités locales, les services de sécurité, l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos, les services de l’équipement et de l’eau, la société régionale multiservices ainsi que la collectivité territoriale. L’objectif : surveiller en temps réel les secteurs exposés et intervenir sans délai. Les évacuations avaient fini par toucher, selon des estimations relayées à l’époque, près de 48 000 habitants de Ksar El Kebir, mobilisant moyens de transport, équipes de secours et logistique d’urgence.
Mais la prévention ne se limite pas à la seule gestion de la retenue du barrage. Elle englobe désormais l’ensemble du bassin du Loukkos, avec ses affluents, ses zones basses, ses terres agricoles et ses quartiers vulnérables à l’accumulation des eaux. L’Agence du bassin a d’ailleurs lancé, dès l’été 2026, un appel d’offres pour une étude de protection de la plaine du Loukkos contre les inondations, complété en octobre par des projets de plans de prévention des risques et l’installation de stations hydrologiques supplémentaires.
À l’aube d’une nouvelle saison pluvieuse, c’est bien cette anticipation qui sera scrutée de près par les habitants de Larache, échaudés par une année éprouvante et peu disposés à revivre le même scénario.
