Le Caire hausse le ton. Réuni dimanche au palais d’Al-Ittihadiya sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi, le Conseil national de défense égyptien a affiché une « pleine solidarité » avec l’Arabie saoudite et promis de fournir « toutes les formes de soutien nécessaires et possibles » pour protéger la sécurité, la stabilité, l’intégrité territoriale et les lieux saints du royaume. La décision intervient alors que les attaques attribuées aux rebelles houthistes du Yémen contre des installations saoudiennes se multiplient depuis plusieurs semaines.
La veille, samedi, lors d’une cérémonie de remise de diplômes à l’Académie militaire égyptienne, le président Sissi avait déjà haussé le ton, assurant que Le Caire « ne laisserait porter aucune atteinte à la sécurité et à la stabilité de l’Arabie saoudite » et se disant prêt à « prendre les mesures nécessaires » pour défendre le royaume. Il avait alors demandé au Parlement de tenir une session extraordinaire afin de lui accorder les prérogatives nécessaires pour agir si la situation l’exigeait, tout en insistant sur le caractère strictement défensif de toute éventuelle intervention égyptienne. « Nous ne cherchons ni la guerre ni à attaquer qui que ce soit », a-t-il martelé, appelant au passage à un arrêt des hostilités dans la région.
Conformément à l’article 152 de la Constitution égyptienne, qui encadre l’envoi de forces armées en mission de combat hors des frontières nationales, la Chambre des représentants a tenu dimanche une session d’urgence qui s’est achevée sans vote. Une nouvelle séance, lundi, n’a pas non plus abouti à un scrutin : le vote a été reporté à lundi prochain, 26 octobre, selon des sources parlementaires. Les blocs du Wafd, du Parti républicain du peuple et du Parti de la justice ont d’ores et déjà annoncé leur intention de voter en faveur du mandat, tandis que le Parti social-démocrate égyptien a indiqué qu’il s’abstiendrait, faute d’informations suffisantes sur la nature exacte de la mission et son coût.
Si l’habilitation parlementaire ouvrirait la voie à un engagement militaire, elle ne préjuge en rien de la nature, du calendrier ni de l’ampleur d’une éventuelle intervention. Des analystes cités par la presse régionale évoquent plutôt une coordination renforcée en matière de renseignement, de logistique et de défense aérienne et antimissile, jugeant improbable un engagement terrestre direct contre les Houthis sur le sol yéménite. En toile de fond, la sécurité de la mer Rouge et du détroit de Bab-El-Mandeb, vitale pour le commerce mondial, ainsi que les liens économiques étroits entre Le Caire et les monarchies du Golfe, pèsent lourd dans les calculs égyptiens.
