Doha — Devant un parterre de diplomates et de responsables sécuritaires réunis à Doha pour le Forum mondial de la sécurité, l’émissaire américain pour la Syrie et l’Irak, Thomas Barrack, a livré mardi un message sans détour sur le dossier yéménite : une intervention terrestre américaine contre les rebelles houthis serait, selon lui, « vouée à l’échec ».
Face à l’escalade qui oppose depuis juillet les forces houthies à l’armée yéménite, et aux attaques revendiquées en octobre contre les aéroports saoudiens de Riyad, Abha, Jizan, Najran et Dammam ainsi que contre des sites pétroliers et militaires, le haut responsable américain a plaidé pour une autre voie. « Une négociation associant l’Arabie saoudite, les Houthis et les médiateurs régionaux constitue une bien meilleure alternative », a-t-il affirmé, rappelant les limites déjà constatées des précédentes interventions militaires américaines au Moyen-Orient.
Pour Thomas Barrack, la solution durable ne viendra pas de Washington mais des capitales régionales elles-mêmes. Il a appelé les pays du Golfe et leurs voisins à construire des alliances régionales capables de régler leurs propres crises, assurant que les États-Unis s’orientent désormais vers un rôle d’appui plutôt que de contrôle direct. « Washington n’abandonne pas ses partenaires dans la région », a-t-il néanmoins tenu à préciser, cherchant à dissiper les inquiétudes d’alliés qui redoutent un désengagement américain pur et simple.
Le conflit yéménite s’enlise depuis plus d’une décennie. Les Houthis contrôlent la capitale Sanaa et plusieurs provinces du nord depuis septembre 2014, tandis qu’une coalition menée par Ryad soutient militairement le gouvernement reconnu depuis mars 2015. Les combats se sont encore intensifiés cet été, ravivant les craintes d’un embrasement régional plus large.
L’émissaire américain a également évoqué le dossier iranien, assurant que l’administration Trump reste ouverte à une solution négociée avec Téhéran, avec l’appui de médiateurs qatari, omanais, pakistanais et suisse. Un mémorandum d’entente signé le 18 juin dernier entre Washington et Téhéran avait pourtant achoppé sur la question de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, voie stratégique pour les approvisionnements énergétiques mondiaux. Selon Thomas Barrack, la méfiance persistante entre Washington et les Gardiens de la révolution iraniens demeure le principal obstacle à toute reprise sérieuse des discussions, plusieurs mois après la guerre israélo-américaine contre l’Iran qui avait fait des milliers de morts fin février.
Ces déclarations interviennent alors que les capitales du Golfe multiplient les initiatives diplomatiques pour éviter un embrasement généralisé, entre tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz et incertitude sur l’issue du dossier yéménite.
