Le ton se voulait solennel, mais la gêne perçait à chaque phrase. Jeudi, à l’occasion de la Journée nationale de la diplomatie, le chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf avait rendez-vous avec un exercice périlleux : célébrer le 81e anniversaire des Nations unies tout en évitant le sujet qui hante Alger depuis des mois, celui du Sahara marocain.
Il n’y est pas parvenu. Loin du multilatéralisme annoncé, son allocution a viré, selon plusieurs observateurs, vers une mise en garde à peine voilée contre ce qu’il a qualifié de dérive de la communauté internationale, désormais encline à traiter la question saharienne comme un fait acquis plutôt que comme un contentieux ouvert. Une manière, en creux, de reconnaître que le plan d’autonomie proposé par Rabat sous souveraineté marocaine s’impose chaque jour un peu plus comme la seule issue crédible au dossier.
Les faits lui donnent tort sur ce terrain. Washington, Madrid et Paris ont, l’un après l’autre, aligné leur position sur celle du Royaume. Et la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée il y a quelques mois, a consacré l’initiative marocaine comme base exclusive de toute solution politique. Le Conseil doit statuer à nouveau le 30 octobre, et c’est précisément cette échéance qui semble avoir dicté le ton inquiet du ministre algérien.
Reste la question humanitaire, qu’Attaf a tenté de maintenir au centre du débat en invoquant un droit qui, selon lui, ne s’éteint jamais avec le temps. Un argument que ses détracteurs retournent aussitôt contre lui : si ce droit existe, pourquoi Alger refuse-t-il depuis des décennies tout recensement des populations retenues dans les camps de Tindouf ?
Plus troublant encore pour le Polisario, le président Abdelmadjid Tebboune aurait récemment lâché que les Algériens ne sont « pas plus sahraouis que les Sahraouis eux-mêmes » — une phrase lue par beaucoup comme un début de désengagement, après un demi-siècle de soutien financier et diplomatique au mouvement séparatiste. Isolée sur le plan sahraoui et à court d’alliés solides, l’Algérie officielle semble aujourd’hui chercher moins à convaincre qu’à gagner du temps, perdu d’avance avant le prochain vote onusien.
