Riyad, Dhahran, Sanaa, Hodeida : en quelques heures, la guerre du Yémen a repris une intensité qu’on ne lui avait plus connue depuis des semaines.
Mardi, la défense civile saoudienne a annoncé avoir intercepté deux missiles de croisière tirés par les rebelles houthis en direction de la capitale, Riyad. Des éclats de métal ont blessé quatre personnes – deux femmes, un homme et un enfant – et endommagé une quinzaine d’habitations, selon un bilan provisoire communiqué par les autorités.
À Dhahran, c’est un bâtiment administratif du géant pétrolier Aramco qui a été touché. Le ministère saoudien de l’Énergie a fait état d’un incendie limité, rapidement maîtrisé, et assuré qu’aucune victime n’était à déplorer. La coalition menée par Riyad affirme avoir intercepté, outre les deux missiles de croisière, des drones visant la capitale et la région sud, près d’Al-Kharj, ainsi que deux missiles balistiques dirigés vers Dhahran et Harad. Des débris seraient retombés dans un quartier résidentiel de Dhahran.
En réponse, la coalition a lancé ce que son porte-parole, le général Turki Al-Maliki, a qualifié d’« opération militaire de précision » contre des sites de stockage de carburant utilisés, selon elle, par les Houthis à Sanaa et à Hodeida pour alimenter leurs capacités militaires. Les médias proches des rebelles ont de leur côté rapporté des frappes sur une société pétrolière à Sanaa et des bombardements dans le district de Chada, dans la province de Saada.
Le porte-parole militaire houthi, Yahya Saree, a averti que toute poursuite des frappes sur Sanaa entraînerait une réponse « sévère » sur Riyad, appelant même les populations vivant à proximité des installations d’Aramco à évacuer. Il a par ailleurs réitéré ses menaces visant les compagnies aériennes empruntant l’espace aérien saoudien.
Sur le plan diplomatique, l’escalade inquiète au-delà de la région : le chef de la diplomatie allemande a qualifié les attaques houthies d’« actes terroristes », tandis que son homologue pakistanais a évoqué la crise du détroit de Bab-el-Mandeb lors d’un échange avec Oman. L’ambassade des États-Unis à Riyad a, de son côté, invité ses ressortissants à reconsidérer tout déplacement dans le royaume, citant des menaces visant des intérêts américains.
Sur le terrain, les forces gouvernementales yéménites poursuivent une offensive baptisée « Fajr Al-Yaman » (Aube du Yémen) sur plusieurs fronts face aux Houthis, dans un conflit qui, plus de dix ans après son déclenchement, continue de redessiner les équilibres de sécurité dans le Golfe et en mer Rouge.
