À Sebta occupée, la tension entre Rabat et Madrid vient de franchir un nouveau seuil, cette fois sur le terrain sensible de la liberté de la presse. Le Syndicat national de la presse marocaine a vivement condamné, ce samedi, la décision des autorités espagnoles d’empêcher une équipe de la chaîne publique 2M d’entrer dans la ville pour couvrir l’actualité locale.
Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, l’organisation professionnelle qualifie cet empêchement de « restriction flagrante de la liberté de la presse » et de « dissimulation délibérée de la réalité du terrain ». Elle y voit également « une atteinte inacceptable au droit des journalistes d’accéder à l’information », un principe pourtant garanti par les conventions internationales que l’Espagne a elle-même ratifiées.
Le syndicat insiste sur un point : les journalistes marocains « ne sauraient être pris en otage de considérations politiques ou sécuritaires ». Une formule qui sonne comme un avertissement adressé à Madrid, à l’heure où la région de Sebta et Melilla reste sous tension depuis plusieurs semaines, marquée par des vagues de passages irréguliers et une gestion sécuritaire de plus en plus contestée des deux côtés de la frontière.
Face à cet incident, le syndicat ne compte pas en rester là. L’organisation a annoncé le lancement d’une mobilisation internationale, avec des courriers adressés à la Fédération internationale des journalistes, à l’Union africaine des journalistes ainsi qu’à l’Union des journalistes arabes, dans l’objectif de rallier un soutien continental et international contre ce qu’elle qualifie de pratiques contraires aux engagements internationaux en matière de liberté de la presse.
Le communiqué annonce également l’organisation prochaine de sits-in de protestation, dont les dates seront précisées ultérieurement, en coordination avec les sections syndicales du nord du Royaume. Une manière, pour la profession, de rappeler que le droit à l’information ne s’arrête pas aux portes d’une ville sous administration espagnole mais historiquement marocaine.
Cet épisode intervient alors que la question de Sebta occupée continue de cristalliser les crispations diplomatiques entre les deux royaumes voisins, sur fond de débat plus large autour de la souveraineté, de la gestion migratoire et, désormais, de l’accès des médias marocains au terrain.
