Sur les hauteurs comme dans les plaines, la saison du miel touche à sa phase décisive. Dans plusieurs régions du Royaume, apiculteurs et coopératives affinent leurs derniers relevés avant de dresser le bilan définitif d’une campagne 2026 marquée par des résultats contrastés, alors que l’activité des colonies devrait se poursuivre jusqu’en octobre.
Le tableau d’ensemble reste plutôt rassurant sur le plan sanitaire : les ruches affichent une vitalité satisfaisante et les colonies se portent globalement bien, un signal encourageant pour une filière qui a connu des années plus difficiles. Mais la production, elle, varie fortement d’une région à l’autre et d’une variété à l’autre. Le miel d’eucalyptus tire son épingle du jeu, avec des rendements jugés solides par les professionnels. À l’inverse, les miels de jujubier, d’agrumes ou d’églantier accusent le coup, pénalisés par les à-coups climatiques, l’évolution des conditions de pâturage et la raréfaction des ressources nectarifères dans certaines zones.
Les précipitations enregistrées cette année dans plusieurs régions ont toutefois joué un rôle stabilisateur, en favorisant le couvert végétal et en redonnant de l’oxygène à de nombreux ruchers après des campagnes plus sèches. De quoi permettre à une partie des producteurs de sortir la tête de l’eau, même si les volumes restent en deçà des attentes dans les zones les moins bien pourvues en pâturages mellifères.
Au-delà des aléas climatiques, la filière apicole marocaine fait face à un autre défi, plus insidieux : la multiplication de produits vendus comme du miel à bas prix, qu’il s’agisse de préparations frelatées ou de miel importé sans traçabilité claire. Une concurrence déloyale qui, selon les professionnels du secteur, fragilise les apiculteurs locaux et brouille la confiance des consommateurs envers un produit pourtant profondément ancré dans les traditions culinaires et médicinales marocaines.
Face à ce constat, les acteurs de la filière appellent à un renforcement des contrôles sur les marchés et à une application plus stricte de la réglementation anti-fraude, assortis de mécanismes de traçabilité plus robustes. Ils plaident également pour des programmes d’accompagnement mieux calibrés, capables de sécuriser les revenus des producteurs et d’assurer la pérennité d’une activité qui reste, pour de nombreuses familles rurales, une source de revenu essentielle. Le miel marocain, disent les professionnels, a les qualités pour rayonner davantage encore, à condition de protéger son authenticité face aux imitations bon marché.
