Maroc : la facture énergétique grimpe de 66% à cause de la guerre au Moyen-Orient

La facture énergétique du Maroc s’alourdit dangereusement. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié ce mercredi, les dépenses consacrées aux importations de pétrole, de produits raffinés et de gaz naturel ont bondi de 66% depuis le début de l’année 2026 dans quatre pays arabes importateurs d’énergie – le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et le Liban – directement pénalisés par les turbulences provoquées par la guerre au Moyen-Orient.

D’après les chiffres de l’agence basée à Paris, les dépenses mensuelles consacrées aux importations de brut, de produits pétroliers et de gaz naturel dans ces quatre économies sont passées d’environ 2,9 milliards de dollars en janvier à 4,6 milliards de dollars en mars, avant d’atteindre 4,8 milliards de dollars en juin dernier. Les produits raffinés représentent l’essentiel de cette hausse, tandis que la facture du gaz naturel a doublé sur la même période, portée notamment par les achats croissants de gaz naturel liquéfié de l’Égypte.

Pour le Maroc, cette flambée intervient alors que le Royaume, structurellement dépendant des importations pour couvrir l’essentiel de ses besoins énergétiques, doit déjà composer avec la volatilité des cours mondiaux et les impératifs de sa transition vers les renouvelables. L’AIE souligne que la hausse des coûts d’importation réduit la marge de manœuvre budgétaire des États de la région pour soutenir les ménages et les entreprises, au moment même où plusieurs gouvernements, dont celui de Rabat, discutent de mesures pour préserver le pouvoir d’achat face à la poussée des prix.

L’Égypte illustre l’ampleur du choc : sa facture d’importations de carburants a quasiment doublé au premier semestre 2026, contraignant les autorités à relever en juillet les tarifs de l’électricité de 12% en moyenne pour la majorité des ménages, tout en préservant les catégories les plus modestes. Le Caire consacre encore environ 1,9 milliard de dollars par an à la subvention de l’électricité, un filet de sécurité que l’AIE juge de plus en plus difficile à maintenir.

Paradoxalement, la hausse des prix mondiaux n’a pas profité à tous les producteurs de la région. Les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz et les attaques visant des infrastructures énergétiques ont réduit les exportations de plusieurs pays. En Irak, la production de gaz associé a chuté de 60% par rapport à l’avant-guerre, provoquant un déficit électrique estival évalué à 35 gigawatts et une pénurie d’essence d’environ six millions de litres par jour. En Libye, malgré des réserves pétrolières parmi les plus importantes d’Afrique, la production locale ne couvre qu’un tiers de la consommation nationale, avec une facture d’importation proche d’un milliard de dollars par mois.

L’AIE rappelle que les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont dépensé en moyenne 250 milliards de dollars par an au cours de la dernière décennie pour subventionner les combustibles fossiles, dont plus de 80 milliards pour la seule électricité en 2023. L’agence estime que l’impact de la hausse des prix sera le plus sévère dans les économies déjà fragilisées par les conflits, à commencer par le Liban, le Yémen et Gaza. Au Liban, où les importations couvrent 95% des besoins énergétiques, les générateurs privés assurent près de la moitié de la production électrique, avec des abonnements pouvant atteindre 300 dollars par mois pour certains foyers.

Face à ces vulnérabilités, l’AIE appelle à repenser la sécurité énergétique régionale au-delà de la seule détention de réserves d’hydrocarbures : diversification des routes d’exportation, renforcement des interconnexions électriques régionales, accélération des investissements dans les énergies renouvelables et ciblage des subventions vers les ménages les plus vulnérables plutôt qu’un soutien généralisé aux prix. Pour le Maroc, engagé depuis plusieurs années dans une stratégie de diversification énergétique misant sur le solaire et l’éolien, ce rapport conforte la pertinence d’une trajectoire déjà amorcée, tout en rappelant l’urgence de l’accélérer face à un contexte régional durablement instable.

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