Maroc-Espagne : une guerre de l’ail attise les tensions commerciales

Le Maroc resserre son contrôle sur les importations d’ail, et la décision ne passe pas inaperçue chez ses voisins ibériques. Rabat a instauré un régime de licences obligatoires pour l’ail frais et réfrigéré en provenance de l’étranger, une mesure qui a immédiatement suscité la colère des producteurs espagnols.

L’Association nationale espagnole des producteurs et commercialisateurs d’ail (ANPCA) a interpellé Bruxelles, dénonçant une entrave déguisée au commerce. Pour ses représentants, cette nouvelle réglementation marocaine s’apparente à du protectionnisme pur et simple, susceptible de fermer un débouché non négligeable pour les exploitants andalous et castillans, habitués depuis des années à écouler une partie de leur production vers le royaume.

Du côté marocain, le son de cloche est tout autre. La fédération nationale de la filière ail défend une mesure jugée indispensable pour préserver une production locale déjà solide. Le secteur, qui s’étend sur environ 400 kilomètres carrés répartis entre plusieurs régions du royaume, affiche une autosuffisance quasi totale et fait vivre des milliers de familles, entre culture, conditionnement et commercialisation.

Pour les autorités marocaines, l’enjeu dépasse la simple question douanière. Encadrer les flux d’importation, c’est avant tout protéger un tissu agricole qui emploie une main-d’œuvre nombreuse dans des zones rurales où l’ail reste une culture de rente essentielle. Une ouverture incontrôlée du marché, selon plusieurs professionnels marocains sollicités sur le sujet, exposerait les producteurs locaux à une concurrence jugée déloyale, alimentée par des prix européens parfois cassés en fin de saison.

L’épisode illustre une fois de plus la sensibilité des relations commerciales entre le Maroc et l’Union européenne, où chaque ajustement réglementaire de part et d’autre du détroit peut rapidement virer à la controverse diplomatique. Les tensions agricoles ne sont pas nouvelles entre Rabat et Madrid: tomates, agrumes et désormais ail alimentent régulièrement les discussions entre chambres d’agriculture et fédérations professionnelles.

Reste à savoir si Bruxelles donnera suite à la demande espagnole. En attendant, la mesure marocaine reste en vigueur, et les exportateurs ibériques devront s’adapter à ce nouveau cadre s’ils veulent continuer à accéder au marché marocain de l’ail.

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