Une délégation marocaine de haut niveau a bouclé, cette semaine, une tournée chinoise aux ambitions clairement affichées : nouer des partenariats durables autour de l’eau, de l’intelligence artificielle et de l’innovation territoriale. Conduite par Noureddine El Azrak, président de l’Association marocaine des présidents des conseils préfectoraux et provinciaux, la délégation a sillonné la Chine du 30 octobre au 8 novembre, sur invitation de l’ambassade chinoise à Rabat.
Premier arrêt : Yichang, ville tentaculaire de la province du Hubei, où le barrage des Trois Gorges continue de fasciner les ingénieurs du monde entier. Les élus marocains y ont rencontré des responsables d’entreprises spécialisées dans la gestion hydraulique à grande échelle, un savoir-faire que le Maroc, confronté à un stress hydrique persistant, observe avec un intérêt grandissant.
Cap ensuite sur Wuhan, carrefour universitaire et technologique du centre de la Chine. Les discussions y ont porté sur l’intelligence artificielle appliquée à la gestion des territoires et sur des transferts de compétences avec des entreprises locales actives dans l’innovation numérique. Pour les collectivités marocaines, l’enjeu est de taille : moderniser des administrations territoriales encore largement tributaires de méthodes classiques.
Concrètement, trois conseils provinciaux et préfectoraux sont déjà identifiés pour accueillir de futurs accords de coopération décentralisée : Salé, Berkane et Oued Eddahab. Ce dernier choix n’est pas anodin. Intégrer une collectivité des provinces du sud dans un partenariat sino-marocain revient à inscrire, une nouvelle fois, cette région dans le droit commun du développement territorial marocain, une normalisation que Rabat cultive avec constance sur la scène internationale.
Au-delà du symbole, cette tournée illustre une diplomatie des territoires de plus en plus active, où les régions marocaines ne se contentent plus de suivre les grands accords signés à l’échelle nationale, mais négocient elles-mêmes leurs propres passerelles avec des partenaires étrangers. La Chine, de son côté, y trouve une porte d’entrée supplémentaire vers un marché africain qu’elle considère comme stratégique, loin des seuls grands contrats d’infrastructure qui ont jusqu’ici dominé la relation bilatérale.
Les modalités précises des futurs accords, calendrier, financement, nature des transferts technologiques, devraient être précisées dans les prochaines semaines, à mesure que les conseils concernés formaliseront leurs engagements respectifs.
