À peine le débat sur le projet de loi de finances 2027 refermé à Rabat, le député Abdelaziz Barik a pris la route du Haut Atlas. Destination : le souk hebdomadaire d’Imilchil, où il a troqué le costume de l’hémicycle pour une jellaba, geste simple qui n’a pas manqué de faire parler.
Dans cette région montagneuse où les tribus Aït Hdiddou rythment la vie locale au fil des marchés, la visite d’un élu en dehors des campagnes électorales reste un événement. Pour plusieurs observateurs, le souk hebdomadaire fonctionne presque comme un « parlement parallèle » : c’est là que les habitants échangent, négocient, et surtout, expriment leurs besoins les plus concrets — l’eau potable, l’état des pistes de montagne, l’accès aux services publics.
Reste une question, soulevée par plusieurs militants locaux : une image, même symbolique, suffit-elle à combler le fossé qui s’est creusé entre les élus et leurs électeurs ? Nombre d’entre eux pointent une proximité « saisonnière », réactivée à l’approche des échéances électorales puis oubliée le reste du mandat. La visite de Barik, selon eux, ne vaudra que si elle s’inscrit dans la durée — par un suivi réel des dossiers plutôt que par une apparition isolée.
Sur le terrain, les attentes sont précises. Plusieurs familles continuent de réclamer un accès stable à l’eau potable, tandis que les pistes reliant certains hameaux aux centres urbains restent difficilement praticables, surtout en hiver. Ce sont ces dossiers, disent les habitants, qui mesureront la sincérité de la démarche bien plus que la tenue vestimentaire adoptée pour l’occasion.
Au-delà du cas Barik, l’épisode relance un débat plus large au Maroc sur le rôle des députés entre deux scrutins : doivent-ils se limiter à leur fonction législative à Rabat, ou maintenir un ancrage territorial constant ? Pour les habitants d’Imilchil, la réponse se jouera moins dans les discours que dans les travaux engagés, ou non, dans les mois à venir.
