Près de 1600 réseaux criminels spécialisés dans la traite des êtres humains et le trafic de migrants ont été démantelés au Maroc entre 2021 et 2025, selon un bilan officiel présenté jeudi à Rabat. Ce chiffre, à lui seul, donne la mesure de l’ampleur du combat mené par les autorités marocaines contre une criminalité transnationale qui prospère sur la vulnérabilité des plus fragiles.
Le rapport, intitulé « Les efforts du Royaume du Maroc dans la lutte contre la traite des êtres humains et sa prévention : une trajectoire nationale renouvelée », a été dévoilé par Hicham Mellati, directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice et président de la Commission nationale de coordination des mesures de lutte contre la traite des personnes. Sur la période étudiée, 536 affaires ont été enregistrées, débouchant sur la poursuite de 816 personnes et la condamnation de 774 d’entre elles. Au total, 988 victimes ont été recensées dans ces dossiers.
Mellati a insisté sur la montée en puissance, année après année, du dispositif national : renforcement des mécanismes de coordination entre les institutions concernées, élargissement de la coopération internationale, et adoption d’un plan national de lutte contre la traite des êtres humains couvrant la période 2023-2030, assorti d’une feuille de route opérationnelle pour 2023-2026.
Du côté du parquet général, la magistrate Aïcha Iklil, qui dirige l’unité spécialisée dans la lutte contre la traite, a détaillé les efforts de formation des juges chargés de ces dossiers sensibles, à travers des programmes dédiés et des visites de terrain dans des pays ayant développé une expertise reconnue en la matière. Un nouveau guide pratique sur la traite des êtres humains, complétant celui déjà consacré au repérage des enfants victimes, doit paraître prochainement.
Abdelouahed Athir, représentant de la Délégation interministérielle aux droits de l’Homme, a pour sa part souligné que ce rapport constitue une étape d’évaluation des engagements internationaux du Maroc, notamment ceux pris dans le cadre du Protocole de Palerme annexé à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée. Ce travail de 142 pages s’appuie sur la loi 27.14 et se structure en cinq axes : prévention, répression judiciaire, protection des victimes, partenariats internationaux et renforcement des capacités.
Ces chiffres, aussi significatifs soient-ils, rappellent aussi la persistance du phénomène : la lutte contre les filières de passeurs reste, de l’aveu même des autorités, un chantier de long terme qui exige une coordination constante entre services de sécurité, justice et acteurs des droits humains.
