Retraités français : Agadir devient le nouveau refuge abordable au Maroc

Sur la côte atlantique d’Agadir, une caravane immatriculée dans le sud de la France se gare, comme chaque année depuis une décennie, à quelques mètres du sable. Alan, 67 ans, ancien policier à la retraite, et Christel, 62 ans, femme au foyer, descendent de leur véhicule avec la même habitude tranquille que l’automne précédent. Pour ce couple, les trois mois qu’ils passent chaque hiver sur les plages agadiriennes ne sont plus une parenthèse exotique : c’est devenu un mode de vie à part entière.

Leur histoire illustre un phénomène qui prend de l’ampleur d’année en année : celui des retraités européens, français en tête, qui troquent la grisaille et le coût de la vie de l’Hexagone contre le soleil et la tranquillité du Maroc. Pour Alan et Christel, la retraite n’est pas synonyme de ralentissement, mais d’une seconde vie active, rythmée par le lever et le coucher du soleil plutôt que par l’agenda professionnel.

Le calcul économique pèse lourd dans leur décision. Avec un budget mensuel d’environ 2 500 euros, le couple vit confortablement dans le campement de bord de mer de Tagazout, où l’emplacement avec branchement électrique ne coûte qu’environ 11 euros par jour. Le marché hebdomadaire d’Ourer complète le tableau : légumes et poissons frais y sont proposés à des prix dérisoires, autour d’1,30 euro le kilo, loin des étiquettes des supermarchés français.

Au-delà de l’aspect financier, c’est tout un art de vivre que ce couple a adopté. Fini les plats industriels : place au thé à la menthe et au poisson du jour pêché localement. Cette sobriété heureuse, disent-ils, leur a permis de préserver une vitalité que beaucoup de retraités perdent en restant enfermés dans une routine sédentaire.

Ce choix n’est pas isolé. Le Maroc, et la région d’Agadir en particulier, voit affluer chaque année davantage de retraités venus d’Europe, séduits par la proximité géographique avec le continent, la douceur du climat atlantique et un coût de la vie resté nettement inférieur à celui de la France ou de l’Espagne. Les professionnels du tourisme local notent d’ailleurs un allongement progressif des séjours, certains visiteurs saisonniers finissant par s’installer de manière quasi permanente.

Pour les autorités locales et les acteurs économiques de la région souissi, cette tendance représente une manne non négligeable : location longue durée, commerces de proximité, services dédiés aux expatriés. Une économie parallèle se structure peu à peu autour de cette population de « hivernants » dont le pouvoir d’achat, modeste à l’échelle française, reste significatif sur le marché local.

Alan et Christel, eux, n’envisagent pas de changer de formule. Après dix années de ce rythme bien rodé, ils affirment avoir trouvé, entre mer et marché, un équilibre que ni la métropole ni une maison de retraite classique n’auraient pu leur offrir.

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