Une mouche rare d’Écosse repérée pour la première fois au Maroc

Dans les sous-bois humides du parc naturel de Bouhachem, dans le nord du Maroc, une équipe de chercheurs vient de faire une découverte qui intrigue déjà la communauté scientifique internationale. Une mouche rare, jusque-là connue uniquement de trois sites perdus dans les Highlands écossais, a été identifiée pour la première fois en dehors des îles Britanniques, à plus de 2 500 kilomètres de son habitat d’origine.

L’insecte en question, Craigdhubhia chandleri, appartient à la famille des moucherons fongiques, de minuscules diptères qui se développent dans les champignons et la matière organique en décomposition des forêts anciennes. Décrite scientifiquement en 1999, l’espèce n’avait jamais été recensée ailleurs que dans quelques forêts reculées d’Écosse, ce qui en faisait l’une des mouches les plus rares et les plus localisées d’Europe.

La découverte est l’œuvre d’une équipe du Laboratoire d’écologie, de taxonomie et de conservation de la biodiversité de la faculté des sciences de l’université Abdelmalek Essaadi, à Tétouan, dirigée par le chercheur Mohamed El Amine El Moudden. Lors de prospections menées dans le parc de Bouhachem, véritable sanctuaire de biodiversité connu pour ses forêts de chênes-lièges et de cèdres, l’équipe n’a pas seulement mis la main sur ce visiteur inattendu venu du nord de l’Europe. Elle a également recensé huit autres espèces jusqu’alors jamais observées au Maroc ni en Afrique du Nord, enrichissant d’un coup l’inventaire entomologique régional.

Les résultats, publiés dans l’International Journal of Entomology, ouvrent plusieurs pistes d’interprétation que les chercheurs eux-mêmes se gardent de trancher. La première hypothèse veut que l’espèce soit en réalité bien plus répandue qu’on ne le pensait, mais passée inaperçue faute de prospections suffisantes dans les massifs forestiers d’Afrique du Nord. La deuxième suggère qu’il pourrait s’agir d’une population relique, vestige d’une aire de répartition plus vaste à une époque climatique différente, que les forêts humides du Rif auraient préservée jusqu’à aujourd’hui. La troisième, enfin, n’exclut pas une introduction récente liée aux activités humaines et aux échanges transcontinentaux.

Quelle que soit l’explication retenue, la trouvaille souligne la valeur écologique exceptionnelle du parc de Bouhachem, dont les forêts anciennes abritent une biodiversité encore largement méconnue. Les chercheurs appellent désormais à des études génétiques complémentaires et à de nouvelles campagnes de terrain pour mieux cerner l’origine réelle de cette population marocaine, et pour continuer à documenter un patrimoine naturel que la science commence à peine à explorer.

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