Mohamed Sergheini, figure majeure des lettres marocaines, s’éteint à 96 ans

Le Maroc perd l’une des voix les plus respectées de sa vie intellectuelle. Mohamed Sergheini, poète, romancier et critique littéraire, s’est éteint ce vendredi à l’âge de 96 ans, après une longue maladie, laissant derrière lui une œuvre qui a traversé plus d’un demi-siècle de création arabe.

Né à Fès en 1930, Sergheini appartenait à cette génération d’intellectuels marocains qui ont façonné, au lendemain de l’indépendance, les contours d’une pensée littéraire nationale ouverte sur le monde arabe et sur l’université moderne. Professeur à la faculté des lettres et des sciences humaines de Fès dès le début des années 1960, il en devint le vice-doyen entre 1986 et 1991, formant plusieurs générations d’universitaires et de chercheurs en littérature.

Son œuvre, dense et exigeante, embrasse tous les genres : recueils de poésie, études critiques, traductions, recherches sémiotiques, romans et pièces de théâtre. Elle lui a valu une reconnaissance qui dépasse largement les frontières du Maroc. En 2013, son recueil Sous les décombres, au-dessus des décombres a été distingué par le Prix du livre du Maroc dans la catégorie poésie. Dix ans plus tôt, en 2004, il avait déjà reçu le Prix international Argana de poésie, consécration internationale pour une œuvre marquée par une rare exigence formelle.

Au-delà de la création, Sergheini fut aussi un passeur : par ses travaux de sémiotique et ses traductions, il a contribué à faire circuler les idées entre les traditions littéraires arabe et occidentale, à une époque où cette circulation restait rare dans l’université marocaine. Ses pairs le décrivaient comme un esprit rigoureux, exigeant avec lui-même autant qu’avec ses étudiants, mais toujours disponible pour transmettre.

La nouvelle de sa disparition a suscité de nombreuses réactions dans les milieux culturels marocains et arabes, où Sergheini était considéré comme l’un des symboles du mouvement poétique et intellectuel contemporain. Des hommages devraient se multiplier dans les prochains jours, tant dans la presse culturelle que dans les cercles universitaires qu’il a longtemps animés.

Avec sa disparition, c’est un pan entier de la mémoire littéraire du Maroc du XXe siècle qui s’éloigne, mais une œuvre abondante qui continuera d’être lue, étudiée et commentée par les générations à venir.

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