Le directeur régional d’Al Omrane pour la région de Marrakech-Safi a été démis de ses fonctions, selon des sources proches du dossier, dans la foulée de son retour de congé annuel. La décision aurait été actée par le conseil d’administration de l’établissement public, chargé de piloter les grands projets d’aménagement urbain à travers le Royaume.
Ce limogeage intervient alors que plusieurs rapports internes pointaient depuis des mois des dysfonctionnements dans la gestion de dossiers sensibles confiés à l’agence régionale. Le plus emblématique reste la réhabilitation de la place Jamaâ El-Fna, joyau du patrimoine marrakchi classé par l’Unesco et poumon touristique de la ville ocre.
Al Omrane y intervenait en qualité de maître d’ouvrage délégué. Or, le chantier aurait englouti plus de 16 milliards de centimes, soit environ 160 millions de dirhams, sans que les objectifs fixés soient véritablement atteints. Les critiques se sont surtout concentrées sur la qualité du revêtement au sol de la place, jugé en deçà des standards attendus pour un site d’une telle notoriété internationale.
La facture et les résultats mitigés du projet n’ont pas manqué de susciter l’indignation. Des professionnels des médias, des acteurs de la société civile, des élus locaux et de simples habitants de Marrakech ont, chacun à leur manière, dénoncé ce qu’ils considèrent comme un gâchis de fonds publics sur un site aussi stratégique pour l’image touristique du Maroc.
Ni Al Omrane ni le ministère de tutelle n’ont pour l’heure communiqué officiellement sur les motifs précis de ce départ, ni sur l’identité du responsable concerné. Aucune enquête formelle n’a été évoquée publiquement à ce stade, et les informations qui circulent reposent sur des sources ayant requis l’anonymat.
Cet épisode relance néanmoins le débat récurrent sur la gouvernance des établissements publics chargés de l’aménagement urbain, à l’heure où le Maroc multiplie les investissements dans ses infrastructures touristiques à l’approche d’échéances internationales majeures, notamment la Coupe du monde 2030. La transparence dans la gestion des deniers publics, et la reddition des comptes qui doit l’accompagner, demeurent des exigences fortes exprimées par l’opinion publique marocaine, de plus en plus attentive au sort réservé à ses symboles patrimoniaux.
Reste à savoir si cette décision administrative sera suivie de clarifications sur la nature exacte des manquements relevés, et si d’autres responsables au sein de l’établissement pourraient être concernés par un éventuel audit plus large des projets menés dans la région de Marrakech-Safi.
