Maroc : Bruxelles menace de couper les exportations de ferraille vers le Royaume

Le Maroc s’apprête peut-être à perdre l’accès à une matière première devenue stratégique pour son industrie sidérurgique : la ferraille importée d’Europe. Une nouvelle réglementation européenne sur le transport et le recyclage des déchets, dont l’entrée en vigueur est programmée pour le 21 mai 2027, menace en effet de fermer un robinet sur lequel le Royaume s’est de plus en plus appuyé ces dernières années.

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Au premier semestre 2026, le Maroc a importé 1,08 million de tonnes de ferraille en provenance de l’Union européenne, soit une hausse de 44,9% par rapport à la même période de 2025. Avec une moyenne mensuelle avoisinant les 180 000 tonnes, le Royaume absorbe désormais près de 8% de l’ensemble des exportations européennes de ce type de déchets métalliques, selon les données rapportées par la presse marocaine.

Le problème vient d’un projet de décision d’exécution de la Commission européenne, daté du 18 septembre, qui durcit les critères d’exportation vers les pays non membres de l’OCDE, une catégorie dans laquelle se trouve le Maroc. En l’état actuel du texte, seuls les déchets textiles et les pneus usagés figureraient sur la liste des exceptions autorisées ; la ferraille métallique en serait exclue. La liste définitive doit être arrêtée avant le 21 novembre 2026.

Rabat n’est pas resté silencieux face à cette menace. Les autorités marocaines ont transmis une demande officielle à Bruxelles pour continuer à importer ces déchets ferreux, en s’engageant à respecter les normes environnementales exigées. Pour l’instant, cette requête n’a pas permis au Royaume de figurer parmi les pays provisoirement autorisés.

Pour les professionnels du secteur, l’enjeu dépasse la simple question commerciale. Une interdiction définitive priverait les aciéries marocaines d’un approvisionnement devenu central dans leur chaîne de production, les forçant à se tourner vers des fournisseurs alternatifs, à commencer par la Turquie, à des conditions potentiellement moins favorables. Tout dépendra désormais de la capacité du Maroc à apporter, avant l’échéance de novembre, les garanties techniques que Bruxelles réclame en matière de traçabilité environnementale. Le dossier, suivi de près par les industriels, illustre la dépendance persistante du tissu économique marocain aux décisions réglementaires prises à des milliers de kilomètres de ses frontières.

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