Justice et intelligence artificielle : Rabat accueille une conférence internationale inédite

Rabat a accueilli ce mercredi l’ouverture d’une conférence internationale consacrée à l’intelligence artificielle dans le secteur de la justice, un rendez-vous organisé par la Cour de cassation en partenariat avec l’Association des hautes juridictions de cassation des pays ayant en partage l’usage du français (AHJUCAF).

Devant plus de quarante représentants et experts venus de vingt-quatre pays, le procureur général du Roi près la Cour de cassation, Hicham Balaoui, a ouvert les travaux en posant un principe directeur : l’intelligence artificielle appliquée à la justice doit demeurer responsable et fondée sur le respect de l’État de droit. Il a énuméré plusieurs exigences incontournables — garantie des droits fondamentaux, transparence des algorithmes, non-discrimination, protection des données personnelles et capacité d’expliquer les résultats produits par ces outils.

Le haut magistrat a insisté sur un point central : la technologie doit servir à rendre la justice plus rapide, plus efficace et plus précise, sans jamais reléguer le juge à un rôle secondaire. Il a ainsi écarté l’idée d’une justice entièrement automatisée ou pilotée par des systèmes dits « agentiques », capables de décider sans supervision humaine. Pour lui, l’humain doit rester au centre de toute décision judiciaire, quel que soit le degré de sophistication des outils numériques déployés.

Hicham Balaoui a également plaidé pour un encadrement strict de la confidentialité et de la sécurité des données, allant jusqu’à proscrire l’introduction d’informations sensibles dans des systèmes non validés ou insuffisamment sécurisés. Il a présenté une approche en trois volets pour accompagner cette transition : la mise en place d’un cadre juridique et éthique clair, la formation des magistrats et des greffiers aux usages de l’intelligence artificielle, et le déploiement d’outils techniques fiables, soumis à une supervision humaine permanente.

La coopération internationale entre juridictions suprêmes a été présentée comme un levier incontournable pour bâtir des standards communs face à une technologie qui ne connaît pas de frontières. Les travaux de cette rencontre, intitulée « Justice et intelligence artificielle : opportunités et risques », se poursuivront jusqu’au 15 octobre à Rabat, avec des ateliers consacrés aux expériences nationales et aux pistes de régulation partagées entre les pays membres de l’AHJUCAF.

Cette initiative marocaine illustre une volonté de se positionner comme un acteur actif dans la réflexion mondiale sur l’encadrement de l’intelligence artificielle, à un moment où de nombreux systèmes judiciaires s’interrogent sur les limites à poser face à une technologie en expansion rapide.

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