Huawei déjoue les restrictions américaines avec une avancée sur les processeurs

Huawei vient de franchir une étape technologique qu’on croyait hors de portée pour l’industriel chinois, verrouillé depuis plusieurs années par les sanctions américaines sur les équipements de gravure les plus avancés. Lors d’un événement technique organisé mardi à Shanghai, le groupe a dévoilé les premiers résultats de ses futurs processeurs Kirin, attendus pour 2027, et les chiffres annoncés dépassent, sur certains points, les objectifs internes fixés par les ingénieurs eux-mêmes.

La prouesse ne repose pas sur une machine de lithographie dernier cri — Huawei en est toujours privé, les équipements EUV du néerlandais ASML lui restant inaccessibles — mais sur une architecture baptisée « LogicFolding ». Plutôt que de continuer à miniaturiser les transistors selon la logique classique, les ingénieurs du groupe empilent les circuits sur plusieurs couches reliées entre elles par plus de 50 millions de connexions hybrides, raccourcissant ainsi le trajet des signaux électriques et améliorant l’efficacité du transfert de données.

Cette approche, présentée en mai sous le nom de stratégie « Tao Law », aurait permis d’augmenter la densité de transistors de 53,5 % par rapport à la génération précédente. Le Kirin 9050, premier modèle à bénéficier commercialement de cette structure, a déjà atteint la production de masse grâce à la chaîne d’approvisionnement chinoise. Sa version Pro afficherait, toujours selon Huawei, une efficacité énergétique améliorée de 41 % sur ses cœurs de calcul principaux, et une puissance de traitement multipliée par plus de deux (+140 %) sur son unité dédiée à l’intelligence artificielle.

Xu Songyu, responsable des produits processeurs mobiles chez Huawei, reconnaît que les débuts du projet ont été marqués par l’incertitude : empiler des circuits sur plusieurs niveaux tout en garantissant une qualité industrielle constante représentait un défi considérable. « Les essais qui ont suivi ont montré que l’approche était viable », a-t-il assuré, sans détailler le calendrier précis de la production en série du Kirin 9050 Pro.

Ces annonces, qui restent pour l’instant des chiffres communiqués par l’entreprise elle-même et non vérifiés de façon indépendante, illustrent la stratégie de contournement adoptée par Pékin face à l’embargo technologique américain : plutôt que d’attendre un assouplissement des sanctions, les industriels chinois misent sur l’innovation architecturale pour combler l’écart avec leurs concurrents occidentaux. Un pari dont l’issue dépendra surtout de la capacité de Huawei à reproduire ces performances à grande échelle, loin des conditions contrôlées d’une présentation technique.

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