Hamid Barrada, figure du journalisme marocain, s’est éteint à 87 ans

Le journalisme marocain perd l’une de ses voix les plus reconnues. Hamid Barrada, penseur et journaliste tangérois, s’est éteint vendredi soir à l’âge de 87 ans, laissant derrière lui six décennies d’un parcours qui a traversé les grandes heures du Maghreb contemporain.

Né à Tanger en 1939, Hamid Barrada avait suivi des études de philosophie, de droit et de sociologie politique avant de se tourner vers le journalisme, un choix qui allait façonner toute sa carrière. Il prend la tête de la rédaction de l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique de 1974 à 1985, une décennie durant laquelle le titre s’impose comme une référence pour comprendre les mutations politiques du continent. Il poursuit ensuite son parcours sur la chaîne francophone TV5, où il anime une émission d’entretiens culturels devenue un rendez-vous apprécié du public francophone.

Au fil de sa carrière, Hamid Barrada a interviewé certaines des personnalités les plus marquantes de l’histoire politique nord-africaine et arabe. Il reste, selon plusieurs témoignages, le seul journaliste marocain à avoir obtenu un entretien avec le roi Hassan II pour une chaîne canadienne, un exploit qui témoigne de son carnet d’adresses et de la confiance qu’il inspirait aux plus hautes sphères. Sa liste d’interlocuteurs impressionne : l’intellectuel Abdallah Laroui, l’ancien Premier ministre Abderrahmane Youssoufi, le président algérien Ahmed Ben Bella, le leader kabyle Hocine Aït Ahmed, ou encore le dirigeant tunisien Rached Ghannouchi.

Parallèlement à sa carrière médiatique, Hamid Barrada avait enseigné à l’université jusqu’à sa retraite, transmettant à plusieurs générations d’étudiants sa lecture fine des rapports de force politiques régionaux.

La nouvelle de sa disparition a suscité de nombreux hommages dans les milieux journalistiques et intellectuels marocains, où l’on salue un homme qui aura su, pendant près de soixante ans, conjuguer rigueur d’analyse et art de l’entretien. Sa disparition marque la fin d’une génération de journalistes qui ont contribué à faire connaître le Maghreb au monde francophone, à une époque où l’accès à l’information circulait encore par la plume et le micro plutôt que par les réseaux sociaux.

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