France a connu, ce samedi, une journée de mobilisation sociale globalement maîtrisée, loin de l’embrasement qui avait marqué les cortèges du 17 octobre. Dans plusieurs grandes villes, les forces de l’ordre ont réussi à canaliser des défilés pourtant massifs, évitant que la colère populaire ne bascule à nouveau dans le chaos.
À Paris, la marche s’est déroulée dans un calme relatif jusqu’en fin de journée, lorsque de petits groupes se sont heurtés aux policiers en marge du cortège principal. Des jets de pierres, des tirs de gaz lacrymogène et l’usage de canons à eau ont ponctué ces échauffourées, sans toutefois atteindre l’intensité des violences de la semaine précédente. Des scènes similaires, mais nettement moins intenses, ont été rapportées à Lyon, Marseille et Toulouse.
Sur la place d’Italie, Pierre, retraité de 64 ans, brandissait une pancarte résumant le sentiment de nombreux manifestants : répondre à une centaine de fauteurs de troubles ne doit pas faire oublier les centaines de milliers de citoyens venus manifester pacifiquement. Hugo, lycéen de 16 ans porteur d’un drapeau tricolore floqué « Gen Z », estimait que la semaine précédente avait franchi une ligne rouge, tant du côté des casseurs que des forces de l’ordre. Yann, comptable de 47 ans venu avec sa fille Eugénie, qualifiait pour sa part les dix années de pouvoir d’Emmanuel Macron de « catastrophe », tout en expliquant avoir voté deux fois pour lui, par défaut, face à Marine Le Pen.
Selon le ministère de l’Intérieur, 410 000 personnes ont défilé à travers le pays, dont 110 000 à Paris ; la CGT évoque de son côté près de 800 000 manifestants au niveau national. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a dit mesurer son soulagement tout en reconnaissant un niveau de violence encore élevé et plus de mille interpellations, précisant qu’aucun bâtiment public n’avait été pris pour cible.
À Marseille, le maire socialiste Benoît Payan a salué une mobilisation pacifique, à l’exception de pillages limités visant deux bijouteries. À Orléans, le Rassemblement national tenait son congrès : Jordan Bardella, 31 ans, y a été réélu président avec 98,98 % des voix, dans un climat de contre-manifestation restée calme. Marine Le Pen doit y prononcer dimanche son discours de lancement de campagne présidentielle.
Les observateurs restent prudents : cette trêve pourrait n’être que passagère. De nouvelles mobilisations sont déjà annoncées samedi prochain, tandis qu’une grève nationale est programmée le 5 novembre contre la hausse du coût de la vie et des prix du carburant.
