Le cyberespionnage iranien franchit une nouvelle étape inquiétante. Trois puissances occidentales — le Royaume-Uni, les États-Unis et les Pays-Bas — ont publié mardi une alerte conjointe en matière de cybersécurité, dénonçant un vaste programme d’espionnage numérique attribué à des entités liées à l’État iranien.
Selon le centre national de cybersécurité britannique (NCSC), les auteurs de cette campagne ont déployé un outil malveillant baptisé Chosen Break, conçu pour dérober courriels, messages et données sensibles. La méthode privilégiée reste le hameçonnage ciblé, mené notamment sur des plateformes de messagerie très prisées comme WhatsApp et Telegram.
Paul Chichester, directeur des opérations au sein du NCSC, n’a pas mâché ses mots. « Ces détails de campagnes électroniques révèlent l’usage constant par l’Iran de la surveillance numérique pour réduire au silence les détracteurs du régime, tout en interceptant leurs communications et en s’introduisant dans leurs appareils », a-t-il déclaré.
Les capacités du logiciel Chosen Break dépassent la simple interception de messages. L’alerte précise qu’il permet de collecter les listes de contacts, d’accéder aux comptes de réseaux sociaux, de capturer le contenu affiché à l’écran, et même d’activer à distance le microphone des appareils infectés. Autre détail troublant : les données personnelles de certaines victimes se seraient par la suite retrouvées publiées sur des sites de fuite associés à des réseaux proches de Téhéran.
De son côté, le FBI a publié sa propre alerte distincte, affirmant que le ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité (MOIS) utilise cet outil « pour recueillir du renseignement, divulguer des données et nuire à la réputation de ses cibles ». Cette convergence de constats entre agences américaine, britannique et néerlandaise illustre une coordination transatlantique de plus en plus étroite face aux menaces cyber attribuées à Téhéran.
Cette alerte conjointe intervient dans un contexte de tensions persistantes entre l’Iran et plusieurs capitales occidentales, sur fond de dossier nucléaire et de rivalités régionales au Moyen-Orient. Les experts en sécurité informatique estiment que ce type de campagne, qui vise en priorité journalistes, militants des droits humains et voix critiques du pouvoir iranien, s’inscrit dans une stratégie plus large de répression transnationale numérique. Les trois pays signataires appellent les utilisateurs à renforcer leurs pratiques de sécurité, notamment via l’authentification à deux facteurs et la vigilance face aux messages suspects reçus sur les applications de messagerie chiffrée.
