Le chômage des jeunes atteint un niveau alarmant en Afrique du Nord, qui affiche désormais les taux les plus élevés de la planète, selon les dernières données publiées par l’Organisation internationale du travail (OIT). Un constat qui vient rappeler, une fois de plus, la fragilité structurelle des marchés de l’emploi dans la région et la difficulté persistante des jeunes diplômés à trouver leur place.
Après une timide reprise post-pandémie, la tendance s’est de nouveau inversée. Le ralentissement économique mondial, les tensions géopolitiques et l’accélération des mutations technologiques ont eu raison des progrès enregistrés ces dernières années. La part des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études – un indicateur clé suivi par les experts – est passée de 19,7% en 2023 à 20% en 2025, soit neuf millions de personnes supplémentaires touchées, pour un total mondial de 257 millions de jeunes concernés.
Si le taux de chômage des 15-24 ans avait atteint son niveau le plus bas en plus de vingt ans en 2023, il est reparti légèrement à la hausse pour s’établir à 12,4% en 2025, soit 67 millions de jeunes sans emploi à travers le monde. Huit des onze sous-régions étudiées par l’OIT enregistrent une dégradation, l’Afrique du Nord figurant parmi les zones les plus touchées, aux côtés de l’Amérique du Nord et de plusieurs régions d’Europe.
Les chiffres propres à l’Afrique du Nord et au monde arabe sont particulièrement préoccupants : 22,6% de chômage chez les jeunes en Afrique du Nord, contre 26,2% dans les pays arabes. Plus d’un jeune actif sur cinq n’y trouve pas d’emploi. Autre signal inquiétant : environ 30% des jeunes de ces régions ne sont engagés dans aucune activité professionnelle ni éducative, freinant durablement leur insertion économique.
Les inégalités entre les sexes restent également marquées. Les jeunes femmes représentent plus des deux tiers des jeunes exclus de l’emploi et de la formation, avec un taux de 27,4%, contre 13,1% chez les hommes, soit plus du double. Le taux d’emploi des jeunes hommes atteint 43,3%, contre seulement 30,6% chez les jeunes femmes, une situation particulièrement marquée en Afrique du Nord, dans le monde arabe et en Asie du Sud.
L’OIT tire également la sonnette d’alarme sur l’impact de l’intelligence artificielle. Selon le rapport, 6,1% des emplois occupés par les 15-29 ans sont exposés à un risque élevé de remplacement par l’IA. Si seulement 10% de ces postes venaient à disparaître, 5,6 millions de jeunes pourraient perdre leur emploi ou se retrouver durablement exclus du marché du travail. Les métiers administratifs, les services et certains postes techniques dans l’industrie sont les plus exposés, tandis que les professions à forte composante scientifique, technique ou numérique résistent mieux.
Face à ce constat, l’organisation appelle les gouvernements et les partenaires sociaux à agir sur quatre fronts prioritaires : la création d’emplois par des politiques macroéconomiques inclusives, une meilleure préparation des jeunes via l’éducation et l’apprentissage, un accompagnement renforcé vers l’insertion professionnelle, et une extension de la protection sociale. L’OIT insiste enfin sur la nécessité d’une gouvernance humaine de l’intelligence artificielle et d’un double investissement dans les compétences techniques et cognitives, condition sine qua non pour éviter que toute une génération ne soit laissée sur le bord du chemin.
