Rabat est devenue, ce mercredi, le théâtre d’un rendez-vous décisif pour l’avenir du rail africain. Plus de deux cents experts venus d’une vingtaine de pays se sont réunis dans la capitale marocaine pour se pencher sur une question aussi technique que vitale : comment financer la modernisation des réseaux ferroviaires du continent.
L’enjeu dépasse largement les rails et les locomotives. Pour le directeur général de l’Office national des chemins de fer, qui préside également la région Afrique de l’Union internationale des chemins de fer, la mise à niveau du secteur ferroviaire n’est plus une option mais une nécessité stratégique, intimement liée à la croissance économique, à l’urbanisation accélérée des villes africaines et aux ambitions portées par l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Le constat dressé lors de ce forum est sans détour : sans financement adapté, les projets resteront sur le papier. C’est précisément ce défi du financement qui a occupé le cœur des débats durant cette rencontre de deux jours, où le Maroc a tenu à mettre en avant son propre parcours. Le succès du train à grande vitesse Al Boraq, reliant Tanger à Casablanca, a été cité comme un exemple concret de ce qu’une vision ambitieuse, assortie d’un programme d’investissement cohérent, peut produire.
Au-delà des retours d’expérience, le forum se veut aussi un laboratoire d’idées pour l’avenir. Les participants planchent sur le lancement d’une coalition dédiée aux méthodologies de crédits carbone appliquées au rail et aux transports publics, un mécanisme qui pourrait ouvrir de nouvelles sources de financement vert pour des projets souvent jugés trop coûteux par les bailleurs classiques.
Cette initiative illustre une tendance de fond : le rail redevient, en Afrique, un instrument de souveraineté économique et d’intégration régionale, à l’heure où les échanges intra-africains sont appelés à se multiplier. En accueillant ce forum, Rabat confirme son ambition de se positionner comme une plateforme continentale pour les grands chantiers d’infrastructure, prolongeant une diplomatie économique tournée vers l’Afrique subsaharienne et de l’Est.
Reste à transformer les intentions en financements concrets, un chantier que les organisateurs promettent de suivre dans les mois à venir, alors que plusieurs pays du continent cherchent à accélérer leurs propres projets de lignes ferroviaires.
