À Tanger, les rassemblements de soutien au peuple palestinien se multiplient depuis plusieurs mois sur la place Sour Lmaakazin et dans d’autres quartiers de la ville. Mais depuis quelques semaines, une partie de l’opinion marocaine s’interroge sur la nature réelle de ces mobilisations, accusées par certains observateurs de glisser vers un règlement de comptes politique interne plutôt qu’un véritable geste de solidarité.
Les autorités locales ont dispersé, ce week-end, un rassemblement non autorisé organisé à l’appel du Front marocain de soutien à la Palestine et d’opposition à la normalisation, ainsi que d’une mouvance proche du mouvement Al Adl Wal Ihsan. Selon plusieurs témoins cités par la presse locale, les organisateurs cherchaient moins à défendre la cause palestinienne qu’à provoquer un face-à-face avec les forces de l’ordre, susceptible de produire des images destinées aux réseaux sociaux.
Cette lecture s’appuie sur un argument juridique simple : au Maroc, tout rassemblement sur la voie publique nécessite une autorisation préalable. L’intervention des autorités, selon cette analyse, ne visait donc pas à réprimer la solidarité avec Gaza, mais à faire respecter une règle de droit commun, valable pour tout type de manifestation, quel que soit son objet.
Les partisans de cette thèse rappellent par ailleurs l’engagement concret du Royaume en faveur des Palestiniens sous l’impulsion du Roi Mohammed VI : envoi d’aide humanitaire, déploiement d’un hôpital de campagne à Gaza, médiation diplomatique active sur la scène internationale. Pour eux, ce sont ces actions tangibles, et non les mots d’ordre scandés sur une place publique, qui constituent le véritable soutien du Maroc à la cause palestinienne.
L’épisode relance un débat récurrent au Maroc sur la frontière entre liberté de manifester et instrumentalisation politique des causes internationales. Dans un contexte régional tendu, où la question palestinienne reste un sujet consensuel et sensible pour l’opinion publique marocaine, toute polémique autour de sa gestion interne continue de susciter de vives réactions, tant chez les défenseurs du droit de manifester que chez ceux qui dénoncent une récupération idéologique.
Les autorités n’ont pas communiqué de bilan officiel sur l’opération de dispersion, ni précisé le nombre de personnes interpellées lors de cette intervention à Tanger.
