Les marchés pétroliers ont viré au rouge ce jeudi matin. Le baril de référence a dépassé le seuil symbolique des 103 dollars, un niveau inédit depuis plusieurs semaines, porté par la détérioration rapide des relations entre les États-Unis et l’Iran. Cette flambée intervient alors que le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, enregistre son trafic le plus faible depuis plus de deux mois.
Le ton s’est encore durci ces derniers jours. Le Pentagone a ordonné à ses forces de se tenir prêtes à reprendre des opérations militaires, tandis que Téhéran a répondu aux dernières propositions américaines sans donner de signe d’apaisement. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien a affirmé que Washington avait déjà perdu la guerre militaire et échouerait tout autant dans la guerre économique qu’il mène contre son pays. De son côté, un responsable iranien a qualifié le dossier nucléaire de simple prétexte américain destiné à affaiblir la République islamique.
Cette escalade verbale s’accompagne, selon plusieurs médias américains, de préparatifs plus concrets. Le Pentagone étudierait des options de frappes à l’intérieur du territoire iranien avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. L’objectif affiché serait autant militaire que politique : faire baisser le prix de l’essence aux États-Unis, où le gallon avoisine désormais 4,37 dollars, contre environ 3 dollars avant le déclenchement du conflit fin février. Washington envisagerait par ailleurs de puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole pour amortir le choc sur les automobilistes américains.
Mais les analystes avertissent que des frappes limitées ne suffiraient probablement pas à ramener Téhéran à la table des négociations, ni à rouvrir pleinement le détroit d’Ormuz à la navigation commerciale. Plusieurs compagnies maritimes ont déjà annoncé revoir leurs itinéraires après des attaques visant des navires marchands dans la zone, un signal que les opérateurs économiques prennent très au sérieux le risque d’une nouvelle flambée des hostilités.
Prudence budgétaire et nervosité des marchés semblent ainsi aller de pair. Pour les pays importateurs de pétrole, la hausse des cours menace de peser sur une inflation déjà fragile, à un moment où l’économie mondiale cherche encore à digérer les secousses des précédents épisodes de tension au Moyen-Orient. Si la situation sur le terrain demeure incertaine, une chose paraît acquise : tant que le dialogue entre Washington et Téhéran restera suspendu, les marchés continueront de scruter chaque déclaration comme un indicateur de guerre ou de paix.
