Casablanca — Une affaire conjugale ordinaire a pris, ces derniers jours, une tournure judiciaire inédite au Maroc. Pour la première fois, semble-t-il, les enquêteurs ont sollicité directement les serveurs de Google afin de reconstituer des échanges numériques effacés, dans le cadre d’un dossier d’infidélité conjugale qui agite la capitale économique.
Tout commence par le doute. Une épouse, convaincue que son mari entretient une liaison, dépose une plainte auprès du parquet et réclame une enquête approfondie. L’homme, lui, nie en bloc. Un premier examen classique de son téléphone ne révèle rien d’anormal — aucune conversation compromettante, aucun indice tangible. De quoi clore le dossier pour de bon, pourrait-on croire.
Mais l’épouse ne désarme pas. Persuadée que les preuves existent quelque part, encore accessibles malgré leur suppression, elle insiste pour qu’une expertise technique plus poussée soit menée. Sa détermination finit par convaincre les autorités judiciaires, qui décident d’un geste rare : solliciter directement Google pour récupérer, via ses systèmes de stockage en nuage, des copies de conversations supprimées sur l’appareil du mari.
La démarche, inhabituelle dans les annales judiciaires marocaines, illustre à quel point les enquêtes de mœurs s’appuient désormais sur les géants du numérique pour retrouver des données que leurs propriétaires croyaient avoir effacées à jamais. Les données obtenues auprès du groupe américain font aujourd’hui l’objet d’une expertise technique destinée à en vérifier l’authenticité et la pertinence pour le dossier.
À ce stade, aucune charge formelle n’a été retenue contre le mari, qui demeure libre le temps que l’enquête se poursuive. Les autorités n’ont pas communiqué de calendrier quant à l’issue de cette expertise numérique, dont les résultats pourraient s’avérer déterminants pour la suite de la procédure.
Au-delà du fait divers, cette affaire pose une question plus large : celle de la portée réelle du droit à l’oubli numérique lorsque la justice décide de s’y intéresser. Suppression ne rime plus nécessairement avec disparition, et les plateformes technologiques deviennent, qu’elles le veuillent ou non, des témoins potentiels dans des dossiers strictement privés. Un précédent qui, à Casablanca comme ailleurs, pourrait bien inspirer d’autres enquêtes similaires à l’avenir.
