Une scène de violence filmée en pleine saison des récoltes a suffi à provoquer une réaction inhabituellement vive de Washington. L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a qualifié d’acte terroriste l’agression commise samedi par des colons israéliens contre la photojournaliste américaine Heidi Levine, collaboratrice du Washington Post, dans le village d’Abu Falah, au nord-est de Ramallah, en Cisjordanie occupée.
Selon un communiqué de l’ambassade américaine, plus de cinquante colons masqués ont frappé et roué de coups la journaliste pendant plus de dix minutes, alors qu’elle tentait seulement de protéger son visage. Âgée de 63 ans, Heidi Levine couvrait depuis le terrain la saison des récoltes d’olives, un rendez-vous agricole annuel qui, dans plusieurs zones de Cisjordanie, s’accompagne désormais systématiquement de tensions avec les colons des implantations voisines. Elle a dû être hospitalisée après les faits.
Mike Huckabee a précisé, dans un message publié sur le réseau X, que la photojournaliste portait sur elle une carte d’identification professionnelle clairement visible au moment de l’attaque, ce qui écarte selon lui toute confusion possible sur son statut de journaliste. Il a appelé les autorités israéliennes à ouvrir une enquête et à poursuivre les responsables de l’agression devant la justice.
L’incident ne s’est pas limité à ce seul épisode. Le même jour, dans la localité d’al-Tayba, à l’est de Ramallah, des colons ont également pris pour cible une délégation diplomatique européenne composée de représentants français, belges et polonais, selon les mêmes sources. Aucun bilan précis sur l’état de cette délégation n’a toutefois été communiqué.
Ces agressions s’inscrivent dans une dynamique plus large. La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, compte aujourd’hui environ 750 000 colons israéliens répartis dans 156 implantations officielles et plus de 360 avant-postes non reconnus par le droit international. Les attaques de colons et les opérations de l’armée israélienne contre les Palestiniens s’y sont nettement multipliées depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en 2023, transformant le quotidien de nombreux villages agricoles en zone de confrontation permanente.
La prise de position publique de l’ambassadeur américain, rare par sa fermeté, intervient alors que plusieurs capitales occidentales observent avec une inquiétude croissante la multiplication de ces violences, qui touchent désormais aussi bien des civils palestiniens que des journalistes étrangers et des diplomates en mission officielle sur le terrain.
